Vices – Gipsy Paladini

Vices – Gipsy Paladini

Fleuve noir

 

Tu connais mon aversion pour les romans qu’on appelle policiers. Tu la connais parce que je t’en cause souvent. Elle est réelle, parce qu’il me semble retrouver dans chacun de ces bouquins, la même chose, les mêmes personnages, les mêmes histoires, et donc les mêmes enquêtes. Un tueur, des flics, des indices, des pièges parfois, un twist si t’as de la chance, et tout finit bien en général, le contraire des histoires d’amour.

C’est d’ailleurs vrai, maintenant que j’y pense. Je me souviens pas d’un roman policier qui finisse mal. J’ai dû oublier. Comme quoi, les empreintes laissées par nos lectures ne sont souvent qu’un pas ou deux dans le sable…

Donc ici, on est à plusieurs vagues de ce genre de bouquin (Je fais de la polésie).

Gipsy Paladini, je la connaissais pas. J’ai pas lu ses bouquins précédents, et là, mon regard a été attiré par la couv. C’est souvent mon regard qui décide de ce que je vais lire. Comme c’est mon regard, c’est aussi lui qui paye, donc après je peux dire ce que je veux. Mise au point pour ceux qui imaginent que faire des chroniques, c’est le moyen d’avoir des livres gratuits…

Quand t’as acheté le roman, Gipsy te prévient (je l’appelle Gipsy, maintenant que je la connais) et elle te dit que c’est le début d’une série littéraire. Ça, je crains un peu. Les séries, je suis pas super fan, mais bon. Elle te dit aussi qu’elle a tout inventé, y compris la ville, et la Brigade des Jeunes Victimes. Ça n’existe pas cette BJV. Ils ont pas encore pensé que c’était nécessaire dans les couloirs des gouvernements qui nous gouvernent. Et en plus, elle te conseille la musique. Le clip de Five Finger Death Punch, je te raconte pas, tu écouteras. Ça s’appelle « Coming Down ».

Bon, j’ai assez déblatéré.

Dans ce bouquin, donc, tu as deux épisodes. Dans les deux, tu retrouves les personnages qui vont donc être les héros récurrents (je suppose) de la série.

J’ai bien dit les héros. Pas de super flics dans ce bouquin. Pas de super enquêteurs qui reniflent les pistes comme des chiens policiers, juste des gens, qui pourraient être toi ou moi. Je déconne. Toi, peut-être, mais pas moi.

C’est pour ça que je vais pas t’en parler. Si tu veux connaître l’histoire, t’as qu’à aller sur le ouaibe, il y les spécialistes de la chronique, les pros du « J’te raconte, comme ça t’as plus besoin d’acheter le bouquin », tu sais ceux qui fabriquent le succès d’un livre ou d’un auteur. Enfin, c’est ce qu’ils croient.

Je vais te causer du style de la dame. Des mots qu’elle t’envoie en travers de la mâchoire sans que t’aies pensé à mettre ton protège-dents. C’est con, parce qu’elle va t’en péter une ou deux. Sûr.

Tu vas suivre Marie et Zoltan, et les autres aussi, et tu vas les suivre parce que toi aussi t’as envie d’aider ces mômes que tu vas croiser, et toi aussi, parfois, tu vas avoir envie de leur foutre des baffes (je sais, c’est pas bien), avant de percuter que s’ils sont comme ça, c’est parce qu’on les a fabriqués comme ça. Que c’est les mêmes que tu croises dans la cité à côté de chez toi, celle où t’essayes de pas trop aller. Ces adolescents que tu ne comprends plus, parce que toi, quand t’étais ado, c’était pas comme ça. C’était plus simple, moins dangereux de se balader dans les rues. Puis tu vas te rendre compte aussi que derrière ces provocs, ces phrases toutes faites, presque apprises par cœur, il y a la peur d’être différent. De ne pas faire partie du groupe. Tu vas te rendre compte qu’ils habitent dans un monde différent du tien, à deux rues de chez toi.

Elle t’a averti, Gipsy Paladini, elle t’a dit qu’elle allait te montrer des choses pour de vrai et qu’elle est persuadée que « les mots prévalent ».

À aucun moment elle te fait la morale, genre « t’as vu, c’est à cause de nous » que ça se passe.  À aucun moment elle ne sort de la réalité, celle qu’elle connaît, visiblement, et qu’elle est allé chercher au milieu des poubelles, pour « romancer » le truc. C’est du brut, et pas de chez Fabergé (Ça te rappelle un truc ?). Tu vas rien pouvoir changer, toi non plus, tu vas juste suivre ces mecs et ces nanas qui font de leur mieux pour vivre au milieu des décombres de cette société qui nous casse parfois la gueule.

Alors bien sûr, le passé qu’ils portent dans leur sac à dos, lourd parfois. Alors bien sûr des secrets inavoués parce que quand tu dis, tu te dévoiles un peu, et que tu deviens vulnérable.

C’est foutrement bien écrit.

C’est tranchant, comme une lame de rasoir quand les mômes se scarifient.

C’est visuel, comme ces trucs qu’ils te montrent pas sur les chaines d’infos.

C’est parfois poétique, comme Villon quand il t’explique les pendus, à qui les corbeaux « nous ont les yeux cavés ».

C’est une réussite.

C’est du noir.

Du noir du bout de la rue.

De ta rue.

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