Une bonne intention – Solène Bakowski

Une bonne intention – Solène Bakowski

Bragelonne

 

Il y a des auteurs, comme Solène Bakowski, dont j’ai du mal à parler. Pas tellement parce que je n’aime pas ce qu’elle fait, mais bien au contraire, parce qu’elle fait partie des gens que j’aime lire. Ceux pour lesquels je me prend pas la tête, ceux avec lesquels je me laisse emporter par l’histoire. Depuis « Un sac », je lis ses contes, parce que ce sont des contes, et je me laisse guider. D’ailleurs, la couverture de ce roman m’a fait penser au p’tit chaperon, le bleu, celui dont on ne parle pas.

Elle n’écrit pas de romans noirs, elle te met du gris dans la vie de tous les jours, et le gris, c’est sale. Le gris, c’est le truc que tu sais jamais où mettre, s’il a été nettoyé ou pas, si c’était du blanc au départ, ou juste du noir qui a été trop lavé.

Une bonne intention, c’est ton voisin de palier. Ou plutôt le fils de ta voisine de palier. Celui que tu croises, à qui tu dis pas tout le temps bonjour, et puis qu’a l’air bizarre. Pas bizarre comme les assassins, ou les hommes politiques qui balancent des bombes sur les gens ou des grenades sur les Zadistes. Juste bizarre.

Tu vas croiser des gens dans ce roman. Des vraies gens, que Solène va te décrire avec des jolies phrases, parce qu’elle fait des jolies phrases. C’est comme ça qu’elle te piège.

Une petite fille, d’abord, plutôt gentille, marrante, qui écrit des lettres à sa mère, mais qui connait pas vraiment l’adresse, alors elle les envoie dans un pays dont celle-ci lui parlait, juste avant qu’elle ne lui parle plus. Définitivement.

Elle s’appelle Mati, et elle a neuf ans.

Tu vas croiser son père, Nicolas. Il est perdu. Perdu au milieu d’une vie qui ne ressemble plus à rien depuis que son amour est parti. Il espère qu’elle va revenir, mais il sait aussi que ça n’arrive que dans les films. Quand elles sont parties, c’est définitif. Pas de cadeau. Que dalle.

Tu vas avoir envie de gifler sa grand-mère. Je sais. Ça se fait pas trop de gifler les grand-mères. Faut vraiment qu’elles soient méchantes. Tu verras, et tu me diras. J’en ai connu une comme ça. Méchante. Mais quand t’es trop petit, tu peux pas lui dire, et puis tu te rends pas compte. Les grand-mères, elles sont gentilles tout le temps, et c’est même à ça qu’on les reconnaît. Trop gentilles, parfois. Trop attentionnées. Trop protectrices.

Tu vas rencontrer un jeune homme. Celui qui sait raconter des histoires à Mati. Celui qui sait aussi que quand la vie s’en va, c’est difficile pour les enfants de se reconstruire. Alors il va décider de l’aider, comme il peut. Parfois, comme tu peux, c’est pas suffisant, et puis parfois, c’est mal compris par les autres. Même si ça part d’une bonne intention…

Parfois, les autres, ils comprennent rien.

Et puis tu vas croiser des secrets. Ceux qui foutent en l’air des familles, des vies, des enfants. Tu vas être ému en lisant les lettres de Mati à sa Maman, quand elle lui raconte ses journées, sa vie, quand elle lui dit le manque. Quand elle lui parle de cet amour qu’elle a pour elle et qui va forcément te rappeler des choses. Des moments aperçus, des images croisées, des maux et des non-dits.

Solène écrit bien. Vraiment bien. C’est pas le noir que je lis habituellement, mais c’est le gris dont je te parlais. Elle a cette capacité à employer des mots jolis pour que tu croises le Mal.

Le Mal qui se déguise quelquefois en une vieille dame, celle qui te fait des sourires et qui te file des bonbons…

Ce Mal-là.

C’est tout ce que j’ai à dire…

 « Tous passeront à côté du sacrifice de l’un, de la confiance aveugle de l’autre, tourneront le dos à cet amour dingue, car c’est de ça qu’il s’agit, cet amour inconditionnel d’un jeune homme pour une fillette qui écrivait des lettres, cet amour d’une petite fille pour le jeune homme qui savait lui inventer des histoires. »

 

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