Un feu dans la plaine – Thomas Sands

Un feu dans la plaine – Thomas Sands

Éditions les Arènes – Equinox

Ce petit roman de 138 pages m’a été gentiment adressé par Florent Ouriet, qui souhaitait me faire découvrir sa dernière claque. Il l’a même comparé à « Julius Winsome », c’est te dire à quel point il l’a aimé. Les Arènes, c’est la maison d’édition qu’a intégré Aurélien Masson, le mec qui a soi-disant redoré le blason de la Série Noire… Redoré, je dis pas ça de manière ironique, ne nous fâchons pas avec les admirateurs de cette collection plutôt bien implantée dans l’imaginaire des lecteurs de romans noirs. J’ai dit imaginaire ?

Donc, Les Arènes.

Ce roman, vraiment très court, te cause de la vie d’aujourd’hui, et sans doute, au vu de c’que t’entends (humour), la vie de demain aussi… Des mecs et des nanas qu’ont perdu leur boulot, tu sais le truc qui te sert à « gagner » ta vie. Ben oui, la vie tu croyais quoi, qu’on te la filait comme ça ? Que nenni. Il faut que tu la gagnes. Il faut que tu croises ceux qui sont assis derrière leur bureau, à qui on a filé un centimètre cube de pouvoir et qui s’imaginent qu’ils sont ceux qui surveillent le Paradis, ceux qui ouvrent les portes, ceux qui disent oui ou non. Ceux chez qui tu crois déceler une certaine arrogance quand ils ne te regardent pas dans les yeux pour justifier leur plan social ou tes horaires de merde.

Je suis pas énervé, Ghislaine, j’explique.

Ceux qui te balancent dans la gueule leurs nouvelles lois, pondues au chaud dans leurs bureaux, sans même avoir fait un tour de RSA pour savoir comment ça marche. Ceux qui laissent crever les Sans-Abris (ben ouais, c’est un nom propre maintenant, donc je majusculise), les Sans-Papiers (pareil), les Migrants, les Femmes de Ménage ou les Caissières de supermarché qui décident que cette vie vaut pas franchement la peine, les Facteurs, les Employés d’orange (pas de majuscule, orange le mérite pas) …

J’explique, Ghislaine, j’explique.

J’ai donc plutôt bien accroché le début de ce bouquin. J’aime même dit à Florent que j’aimais plutôt pas mal. Le côté pamphlet me rappelait certains bouquins croisés chez Agone au temps de la littérature dite « prolétarienne », avec des auteurs comme Martinet, Wacquant, Dagerman ou encore Borislav Pekic et son « L’homme qui mangeait la mort ». C’est dire mon enthousiasme du début.

Le héros, c’est donc le type, un jeune type, qui en a assez de tout ça. Il n’a pas de nom, donc je peux pas te dire comment il s’appelle, juste qu’il est très fâché contre le « système ». Je sais pas exactement s’il représente le peuple, la nation, les jeunes des cités qui vivent dans le béton, ou plus simplement, toi et moi, avec notre ras le bol presque quotidien face aux outrances de ceux qui nous dirigent.

C’est écrit vite, comme des photos alignées sur un pan de mur, et c’est sans doute lié à son métier, puisque l’auteur est aussi photographe. Des scènes qui se suivent, sans lien, et surtout, au final, sans style. Juste des morceaux de phrases, hachés, des mots posés les uns à côté des autres, mais on est à un million d’années-lumière d’un roman comme « Julius Winsome ». Un million, au bas mot.

Alors bien sûr que c’est un texte âpre et violent, mais est-ce que ça suffit à faire un roman noir qui te laisse ces fameuses empreintes dans la neige ? Je suis pas certain.

Une poésie parfois désespérée, mais là encore, ce n’est pas suffisant pour faire un roman noir.

Des morceaux étonnants par leur qualité : « C’est un pays perdu… Un pays agenouillé, humilié, sous le joug d’une poignée de dirigeants de start-up. Soudain, il surgit de nulle part. Il n’a pas vingt-trois ans. Maigre comme sont les chiens de combat, le visage marqué parfois, arcades fraîchement refermées, pommettes étoilées de sang séché, phalanges éclatées. Il possède ce mélange de douleur, de mémoire et de fragilité qui mène certains hommes à la violence. Il se porte aux côtés de ceux qui ne sont rien. Il allume un feu dans la plaine » mais est-ce que ça suffit pour faire un grand roman ?

Je te parle souvent de ces auteurs qui écrivent avec leurs tripes. T’en as un, juste ici. Si tu as envie de lire un pamphlet, un texte qui te cause direct de ce qu’on vit à travers nos difficultés quotidiennes, va le chercher. Sinon, laisse tomber. J’ai peur que toi aussi, tu finisses par t’ennuyer un peu à lire qu’ils nous prennent pour des truffes et qu’on n’est pas près de la fin de l’exploitation de l’homme par le banquier…

Sans doute pour ça que ce roman est aussi court. Une centaine de pages supplémentaires auraient engendré l’ennui, voire le refermage de bouquin.

Ceci posé, il est bon de rappeler à ceux dont je te causais précédemment, que leurs bureaux ne sont pas à l’abri d’un mec déterminé, qui en aurait assez d’être pris pour un mouton…

Mitigé, donc, mon avis.

C’est pas du tout la claque que j’imaginais au début de ma lecture.

Dommage.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce bouquin.

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