Trash Circus – Joseph Incardona

Trash circus – Joseph Incardona

Éditions Parigramme – Noir 7.5

J’ai des livres en retard de chronication, et celui-ci en fait partie. J’avais décidé, après « Derrière les panneaux, il y a des hommes », du même Joseph Incardona, de voir ce qu’il avait commis avant. Dans ce cas précis, je suis remonté à cinq années en arrière, ce qui pour un auteur est à peu près l’équivalent du paléolithique. D’ailleurs, j’avais jusqu’à présent pas entendu causer de cette maison d’édition qui remonte elle aussi, au paléolithique…

Je déconne. La maison existe toujours, et elle édite principalement des bouquins dont Paris est le centre, à défaut d’en être le cœur. Ils ont un catalogue surprenant, et quelques romans noirs ou policiers, si tant est que nous sachions faire la différence entre les deux. Je crois que policier signifie qu’il y a une enquête dans le chose, et que noir signifie qu’il y a pas d’enquête dans le chose. Donc, en ce qui concerne « Trash Circus », pas d’enquête. Quoi que…

Ça cause d’un type qui bosse dans la boite à images que je déteste et que je refuse de faire entrer chez moi. Le truc dont auquel les ados et les autres causent comme si c’était le nouvel évangile, et pas celui de Satan (clin d’œil à Patrick Graham). Ça cause des émissions qu’ils appellent « télé réalité », comme si la réalité et la télévision avaient des choses en commun et pouvaient vivre ensemble dans la même boite. N’importe quoi. T’as qu’à regarder à quoi elle ressemble, la vraie vie et tu vas rapidement percuter que ce qu’il y a dans la boite en est fichtrement loin.

Je te cause pas des émissions qui t’informent (je rigole), je parle de celles qui font espérer un futur à ceux qui n’ont plus grand-chose à espérer justement, ceux qui imaginent que les autres et nous, on appartient au même monde (là, je rigole plus du tout).

Donc, le type qui bosse à la télé, il s’appelle Frédéric Haltier. Il roule dans une bagnole super pratique dans les embouteillages (une Porsche), il fait du sport dans une salle high-cost (réservée aux élites, pour pas croiser le prolo qui décide de faire du sport), il avale du Xanax et sniffe de la coke, sans doute pour oublier à quel point sa vie est merdique, et surtout à quel point les confrontations qu’il organise au sein de l’émission vedette dont il est responsable sont merdiques et sans compassion. Je crois que c’est tout ce que j’ai à dire sur cette histoire. Un truc, aussi, le mec est supporter de l’équipe de football de Paris. Le PSG, ils disent. Il les supporte, et il fait partie d’un club très fermé qui s’appelle les Ultras. Je crois que c’est pour ultra cons, mais je suis pas sûr. En tout cas, ça bastonne pas mal à Paris, comme disait la chanteuse. Ne pas oublier que la célébrité qu’il s’imagine avoir, son entregent, lui permet de « profiter » (je pèse mon mot) de toutes les filles qui passent à sa portée de salaud intégral.

Alors bien sûr, et je suis sans doute pas le premier à y penser, on a en tête le bouquin de Bret Easton Ellis. Alors bien sûr que la comparaison avec « American Psycho » risque de foutre en l’air les efforts de Joseph Incardona pour raconter son histoire. Alors bien sûr. Mais non. Malgré le champ de mines antipersonnelles que traverse l’auteur, il ne s’explose pas en plein vol au-dessus de Paris. Risqué, mais réussi. C’était pas gagné non plus de fabriquer un type tellement détestable que le lecteur finit par espérer qu’il va s’en prendre une au prochain chapitre. Mais une bonne. Une de celles qui t’empêchent de marcher pendant plusieurs jours.

Le livre est peut-être un constat. Une image arrêtée de ce qu’est notre société aujourd’hui et depuis quelques années. Le constat que la seule chose qui semble nous importer, c’est le pouvoir que j’ai sur mon voisin. La seule chose qui m’importe c’est de marcher sur la tête de celui qui m’empêche d’avancer, ou simplement de tomber comme une feuille à l’automne. Tu crois que t’es pas concerné par cette course au « moi d’abord » ? Réfléchis bien. Ça t’est jamais arrivé ? T’es sûr ?

Bon, je vois que je t’ai pas encore dit ce que j’ai pensé du roman.

Je sais pas. Dans le sens où je l’ai lu, vite, super vite, malgré quelques instants d’ennui profond, mais surtout que je n’en ai pas vraiment de souvenir. Bien sûr que le titre me laissait supposer que l’histoire racontée par l’auteur serait sans doute différente de ce que je lis d’habitude, dans le sens où, comme dans « American Psycho », je m’attendais à cet humour qui en a fait aussi cette lecture qui reste dans un coin de ma tête, ou dans un des tiroirs que j’ouvre de temps en temps, avec, dans certains cas, une délectation envahissante qui me ramène au moment de bonheur traversé en marchant dans la neige. Mais dans ce roman, rien de ça. Pas d’humour. Juste des scènes souvent un peu chiantes, notamment les scènes de sexe dont je n’ai habituellement rien à péter. C’est souvent complaisant, parfois grinçant, mais rien d’inoubliable. Ça m’a fait penser, souvent, à mes révoltes adolescentes, quand j’avais un bouton sur le front et que j’avais rendez-vous avec une des filles de ma vie (c’était pas des femmes, j’étais ado je te dis)…

Trop facile, cette critique parfois nauséabonde de la société qui nous renvoie au néandertalien en termes de communication, et ce malgré les objets « connectés » dont nous sommes si fier.

Trop facile de faire du remplissage de pages, « à la Houellebecq » en nous copiant-collant les pages tirées de l’encyclopédie du petit parisien sur les monuments de la ville.

Trop facile le lien à l’enfance et à l’image du père ou plutôt à son absence d’image.

Trop facile les opinions politiques du « héros » qui sont à un milliard de kilomètres de Dagerman ou Bakounine, même si l’auteur nous explique qu’il n’a jamais voté, qu’il n’a pas de carte d’électeur, et qu’il considère que la droite et la gauche participent de « la même saloperie »…

Et enfin trop facile de nous laisser croire que les maladresses qui jonchent le bouquin ne sont qu’une forme d’anacoluthe parce que l’auteur, lui, il sait que c’est son style et qu’on a qu’à faire comme si on le savait aussi.

Je crois que t’as bien compris. Autant j’avais plutôt aimé « les panneaux », autant là, je me suis pas franchement régalé. Il se lit, bien sûr, mais fouille pas tous les brocanteurs pour le trouver. C’est ballot, mais c’est tout ce que j’ai à dire…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *