Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giebel

 

Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giebel

Belfond

 

Alors voilà. Une de mes chroniques en retard. Pour lever le doute, tout de suite, je vais pas te dire si j’ai aimé ou pas… C’est un teasing.

Je vais commencer par t’expliquer, tenter de t’expliquer plutôt, comment je fonctionne au sortir de mes lectures.

Ce que je constate, de plus en plus souvent, c’est que mes avis diffèrent de ceux des blogueurs « à la mode » de Caen, ou d’ailleurs, d’ailleurs.

Sans doute que je deviens, à force de lire des auteurs qui me font du bien à la tête, de plus en plus difficile. Sans doute aussi que je suis en train de faire trois groupes, au sein de cette drôle de congrégation de ceux qui racontent des histoires.

Dans le premier groupe, il y a ceux que je mets tout en haut de mon Paradis personnel. Ceux qui, comme London, Poe, Fante, Bukowski, King, Vann, et quelques autres, sont quasiment intouchables. Ceux que tu as pu croiser au long de mes déblatérations littératuriennes. Ceux dont les romans sont autant de perles que je peux relire, quand j’ai un tout petit moment, et retrouver les mêmes émotions que la première fois. Les relire par morceaux, juste pour le plaisir de retrouver leurs mots. Certains appartiennent même à une maison d’édition qui s’appelle Territori, après avoir été l’écorce des arbres qu’elle croisait sur son chemin. Il y a Dewdney, Chevalier, Bouysse, et quelques autres. Merci M’sieur Herry.

Je me rends compte que si je commence à te raconter mes trucs, la chronique du Giebel, elle va pas avancer… On verra.

Le second groupe, au même niveau, c’est celui de ceux qui me racontent des histoires. Les mêmes que ces auteurs de mon enfance, qu’on appelle aujourd’hui des « classiques ». Hugo, Zola, Maupassant, ou encore des auteurs « prolétariens » que j’ai découverts bien plus tard. Il y a aussi ceux que je suis super content de croiser à nouveau. Ceux avec qui je m’évade, comme quand je lisais « Le Comte de Monte Cristo » quand j’étais qu’un môme avec les yeux ouverts sur des horizons trop loin pour moi. Dans ce groupe, il y a des gens comme Ellory, Taylor, et d’autre qui passent du premier au second, comme King, parfois. Quoiqu’il en soit, avec eux, je passe de vrais bons moments, je m’évade, je pars pour quelques heures dans des pays que je ne connais pas, dans des régions oubliées, au sein de familles dont je croise les secrets. J’aime bien me promener avec ces écrivains. Ils ont tout compris à ce qui me fait aimer la littérature.

Le troisième groupe, c’est celui de ceux qui font dans la facilité. Ils me gonflent. Ils ne s’en rendent sans doute pas compte, j’essaye de leur trouver des excuses, mais quand tu écris pour vendre des bouquins, t’as faux. Aucun de tes mots ne sonne juste. Aucune de tes phrases ne semble pas fabriquée pour « faire » du lecteur. Et si en plus tu communiques chaque jour sur le réseau social qui vend les données de tes lecteurs au plus offrant, c’est franchement très moyen.

Me demande pas qui c’est, fais le tour, tu vas en trouver plein. Au point que je me demande parfois quand ils trouvent le temps d’écrire. Certains d’entre eux passent plus de temps à inventer des messages quotidiens pour dire « Je suis là » qu’à raconter des histoires. Alors leurs romans sont bâclés, écrits avec l’idée que derrière tout ça, il y a le marché. Et quand je les lis, ceux-là, j’ai pas envie d’être gentil.

Je m’énerve pas, Ghyslaine, j’explique. C’est pas la peine de me le faire remarquer à chaque fois… J’explique, je te dis.

Comme malgré tout, je suis assez gentil, tous mes amis te le diront, je dis rien sur ceux-là. Sur celles-là non plus. Parfois, plutôt que de dire à quel point j’ai trouvé ça sans intérêt, à quel point j’ai le sentiment de m’être fait enfler et d’avoir perdu mon temps et mon argent (relis ce que je dis sur le service de presse), je préfère donc fermer ma gueule et ne pas hurler le ressentiment qui est le mien à refermer par exemple un Giebel que j’ai acheté avec mes sous… Cher, en plus. Mais c’est du papier bouffant 80G, et un corps douze pour faire sensation et arriver à plus de 700 pages.

Ah oui, c’est la chronique du Giebel, donc. J’avais oublié. J’avais aussi oublié le bouquin, pourtant je viens de me forcer à le finir…

Qu’en dire, alors, sans tomber dans les qualificatifs déstructurants habituels chez certains blogueurs ? D’autant que ce roman ne le mérite pas…

Je me suis fait chier.

J’ai bon ?

Tu vois où je veux en venir ?

Je me suis fait chier grave.

Alors bien sûr, c’est écrit. En même temps, c’est un peu la moindre des choses. Bien sûr que tu tournes les pages, et bien sûr qu’il faut attendre la page 519, je crois, j’ai pas noté tellement j’étais énervé, pour commencer à entrevoir un début d’action.

T’as vu les files d’attente quand elle signe quelque part ? T’as vu comme elle a l’air un peu bougon quand la chaise n’est pas à son goût ? T’as vu qu’elle ne signe qu’avec son stylo perso parce que les autres ils écrivent pas bien ? T’as vu ?

T’as pas vu ? C’est pas grave. Moi j’ai vu. Je suis allé la voir à deux reprises pour tenter de comprendre cet engouement de ses lecteurs (j’ai failli dire lectrices) et pour entendre ses réactions quand je lui ai susurré que ses derniers romans ne me semblaient pas à la hauteur des premiers. J’ai cru que j’allais en prendre une, et pourtant j’ai pas peur de grand monde.

Je sais, j’ai pas dit grand-chose sur ce roman.

Je sais.

Mais c’est tout ce que j’ai à dire sur celui-ci.

Ah non.

Il y a un quatrième groupe.

C’est le groupe des zôteurs que j’achète pas.

Que j’achète plus, parfois. Parce qu’ils m’ont déçu, parce qu’ils écrivent pour la thune, et parce que leur ego est à un million de kilomètres de leurs qualités littéraires.

Elle vient juste d’intégrer ce groupe.

2 commentaires sur “Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giebel

  1. Tu dis « Parce qu’ils m’ont déçu, parce qu’ils écrivent pour la thune ».
    C’est tout à fait le sentiment que j’ai en ouvrant l’an dernier son recueil de nouvelles, D’ombre et de silence.
    Quasi pas d’inédit, juste du remâché, déjà publié dans d’autres recueils ou dans des magazines. ça sentait déjà l’opération fric facile!

    J’ai eu ce nouveau roman entre les mains, sans avoir envie de le lire, et ton avis confirme qu’il restera loin de moi.

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