Scalp – Cyril Herry

 

Scalp – Cyril Herry

Le Seuil – Cadre Noir

 

Une histoire de môme, encore.

Une histoire de môme qui va te laisser des traces, c’est sûr.

Certains vont te parler de huis-clos, forcément. C’est un peu ballot de parler de huis-clos avec la nature en fond sonore, à chacune des pages que tu vas tourner.

Ce roman te raconte Hans, un petit garçon de neuf ou dix ans, qui accompagne sa mère, Teresa, au cœur d’une région plutôt pas très peuplée, pour retrouver son père. Son père, il est parti avant la naissance de Hans, et il a construit une Yourte au milieu de nulle part.

Hans, il aime la pêche, faire des feux de camp, et se prendre pour un Indien au milieu du Wild West, sauf que là, t’es précisément pas dans le Wild West, t’es dans la campagne sauvage. Et ça y ressemble…

Voilà, je crois que j’ai fait le tour du pitch.

Si tu veux des détails, les autres vont t’en donner.

Mais laisse tomber les détails. Les détails, c’est toi qui va les découvrir à chacune des pages tournées, à chacun des mots que tu vas lire…

Je sais pas à quoi je m’attendais avec ce roman. Peut-être un roman surfait, surjoué, parce que Cyril Herry, c’est lui qui a créé les éditions Écorce, puis qui s’occupe aujourd’hui du destin de la collection Territori au sein de La manufacture de livres, alors sans doute ai-je pensé que ce serait facile de faire un amalgame des auteurs qu’il connait, par cœur, et d’en faire une espèce de roman, vaguement ressemblant.

Je déconne.

Au vu des photos du garçon, de ses cabanes au milieu de ses bois, qu’il construit régulièrement, je m’attendais à un roman différent, noir, sans doute, mais proche de ce qu’il connaît. Comment écrire autrement ?

J’ai marché avec Hans, croisé les carcasses de bagnoles au milieu de la forêt, et pesté, tout seul, contre la connerie des hommes et la pollution qu’ils installent partout.

Ben oui, des épaves de bagnoles, au milieu de la forêt, c’est pas seulement un abri pour les oiseaux, ça rouille, ça coule, et ça fabrique des trucs pas terribles pour la nature.

J’ai croisé, dans les pas de Teresa, l’intolérance et la bêtise, le rejet de l’autre parce qu’il est différent, et la haine de celui qui ne te ressemble pas.

Quand je dis toi, tu comprends bien que c’est une image…

Raconter l’enfance, encore une fois, c’est pas donné à tous le monde. Faut être resté un môme, faut savoir encore construire des cabanes, sinon tu racontes juste l’image que tu as de l’enfance, celle des souvenirs, mais c’est juste une image, ce sont pas des vrais mots.

Pas ces mots qui te remettent dedans, qui te font te souvenir que tu voulais être un Indien quand t’étais môme…

Difficile aussi de décrire les inquiétudes de la Mère, quand sa portée est en danger, surtout quand t’es qu’un mec et que tu peux pas comprendre, même si t’es un papa… Le lien entre les mères et leurs enfants est sans doute au-delà de ce que les autres peuvent t’en dire.

Cyril Herry a su faire ça aussi.

Enfin, parler de l’absence, avec les phrases qui te la font sentir, les mots qui envoient du mouillé sur les phrases, c’était pas gagné non plus…

Je te résume.

Un roman sur l’enfance, et ses rêves, ceux que tu as peut-être oubliés.

Un roman sur l’amour et ses pièges, ceux dans lesquels tu es peut-être tombé.

Un roman sur la filiation, celle que tu as peut-être eu la chance de croiser, et qui t’a aidé à grandir.

Un roman sur l’absence, et les vides qu’elle t’a peut-être obligé à combler.

Si tu l’as pas commandé encore, ne sois pas ridicule…

 

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