Que Dieu me pardonne – Philippe Hauret

Que Dieu me pardonne – Philippe Hauret

Jigal Polar

 

De son dernier roman, nonobstant la fameuse phrase culte sur les enquêtes policières, je disais que « J’aurais aimé qu’il se lâche un peu plus, mais, encore une fois, c’est son premier roman. Et puis récupérer un vers de Louise Labé pour en faire une histoire, c’est bien. Arriver à tirer le portrait de ces existences perdues, pour te les rendre presque sympathiques, c’est bien aussi.

Comme tu vois, pas de twist hallucinant, pas de vocabulaire dictionnariant, juste tu lis et tu te fais plaize. »

Ben voilà. Il s’est lâché. Et pour me faire plaisir, pas vraiment d’enquête dans ce roman, juste des vies qui se téléscopent, qui se fracassent même, et qui te ramènent à celles que tu as sans doute croisées autour de toi. La dernière fois que t’as traversé la cité pas loin de chez toi, ou simplement celle où tu vis. Cette cité où d’autres vies se superposent, où des gens vivent ou survivent parfois.

On en revient à cette Série Noire (je mets des majuscules, t’as vu) qui m’a fait découvrir le roman du même nom. Pas celle de maintenant, dans laquelle tu trouves de tout, et souvent du n’importe quoi (je précise pas, tu vois ce que je veux dire), mais celle d’avant, quand tu pouvais tourner les pages d’un bouquin, te faire plaisir pendant quelques heures, et ne jamais regretter les francs que t’avais mis dedans (Ben ouais, c’était des francs…).

Bon, comme d’habitude, je cause, je cause, et j’ai encore rien raconté du bouquin.

Dedans, il y a Mattis, un flic qu’on a déjà rencontré dans « Je vis je meurs ». Il est sympa Mattis. Il veut faire le bien autour de lui, un peu comme Jésus, mais en moins connu.

Kader, un mec qui habite dans une cité, et qui est amoureux de Melissa.

Melissa, qui est sans doute amoureuse de Kader, mais qui sait aussi qu’il ne va pas pouvoir lui offrir la vie qu’elle espère, avec des iPhones et des grosses bagnoles…

Alors il y a Ryan. Lui, il peut. Il a de la thune, des grosses cylindrées, une belle villa avec une piscine, et tout ce que souhaitent les princesses qui attendent le fameux Charmant… Sauf qu’il cache des trucs, Ryan. Des trucs louches.

Mattis décide de faire embaucher Kader par Ryan, et c’est là que ça dérape. Je te raconte pas, tu verras.

Il y a Dan, aussi. Dan, c’est le flic que t’aimeras pas. Le level numéro 10 du facho de compétition. Il est raciste, violent, et tout ce qui fait que parfois, les flics, on peut les détester. Philippe Hauret, il a parfaitement réussi à fabriquer ce type et c’est pas forcément évident de créer un personnage haïssable.

C’est pas vraiment un thriller, et c’est pas vraiment un policier, ce roman. C’est un bouquin dont tu vas tourner les pages pour avoir la suite de l’histoire. Et finalement c’est ce que je demande parfois aux romans sur lesquels je tombe. Pas de dico à portée de main, pas de lentes élucubrations sans intérêt comme celles que tu trouves chez certains auteurs. Il te raconte une histoire, une histoire d’aujourd’hui, une histoire qui pourrait se produire à deux bornes de chez toi, voire sur le palier juste à côté du tien.

Le style est sympa, le premier chapitre te met dans l’ambiance en deux pages, et finalement, tu te laisses entrainer jusqu’au bout des 200 qui restent sans aucun ennui, et ça, c’est bien.

Avoir osé planter une dimension quasiment mystique dans la tête d’un des principaux personnages, c’est pareil. C’était pas gagné, et pourtant ça passe tout seul, comme une évidence.

Ce qui n’était pas évident non plus, c’était de nous faire comprendre Kader, ce petit délinquant sans grand intérêt au départ. Nous le faire presque aimer, parfois, dans ses galères, lui souhaiter que ça marche pour lui, que Melissa finisse par l’aimer d’amour et qu’elle oublie la vie de princesse…

Alors, c’est juste une histoire ?

Non. Dans ce bouquin, il y a aussi toutes ces questions que se pose la société d’aujourd’hui.

Le fait que souvent, quand tu vis au milieu du béton, tu risques d’avoir du mal à t’en sortir.

C’est un lieu commun ? Tu crois vraiment ?

Va te balader au milieu des immeubles de la cité.

Jette un œil sur l’avenir qu’on leur donne à espérer à ces mômes que tu vas croiser.

Ceux qui vont te regarder avec parfois une ironie qui va te mettre mal à l’aise.

Ceux qui voient leurs potes rouler en Cayenne et qui sont sûrs que le seul moyen d’y arriver c’est de rester à côté de la société « qui ne veut pas d’eux » …

Dis-moi que tu n’as jamais lancé un regard d’envie à ces gens qui gagnent en une demi-heure plus que toi en un mois…

Il parle de ça aussi, Philippe.

De ces idéaux que tu as rêvés, fracassés par la vie, et qui souvent, ne t’ont pas laissé le choix.

Parce que pour t’en sortir, il faut faire un pas de côté. Juste un pas…

J’ai bien aimé, et j’ai passé un vrai bon moment.

C’est le but, non ?

 

 

 

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