My absolute darling – Gabriel Tallent (Poisson d’avril)

 

My absolute darling – Gabriel Tallent

Gallmeister

Sans doute la chronique de l’année, voire des deux dernières années, où je vais me faire insulter, où les lecteurs et internetistes compétents vont me huer quant à mon incapacité à déceler le chef d’œuvre, forcément liée à ma mauvaise éducation, où au fait que je n’ai absolument aucun goût en matière de littérature. Sans doute alors ma dernière chronique avant qu’on me balance quelque part avec des chaussures en béton…

Tant pis. Si tu lis mes coups de gueule, c’est aussi parce que tu souhaites avoir un avis différent de ce que tu peux lire partout.

Je pense que « My absolute darling » souhaite désespérément être le prochain grand roman américain. Désespérément. Il est paré de tous les standards de la très grande fiction littéraire avec des phrases d’une longueur monotone laborieusement répandues dans tout le roman, pleines d’adjectifs, avec de longues périodes de temps pendant lesquelles rien n’arrive et une espèce d’esthétisme « New-Age » qui risque de te faire vomir si tu n’y fais pas gaffe.

L’histoire tourne autour de Julia, une jeune femme qui a grandi plus ou moins seule avec son père sexuellement abusif, Martin. Je pourrais te raconter un peu la suite, mais d’autres s’en sont chargé, donc j’arrête là.

Toutes les critiques sont unanimes. Un « chef d’œuvre » a dit Monsieur King. Est-ce que c’est lié au fait que la Maman du garçon est une professeure et une auteure très connue de Stanford, il y a là un pas que je n’ose franchir quant à la capacité à graisser des pattes d’éditeur. La difficulté avec des mecs difficiles ou ignares comme moi, c’est que la critique est tellement unanime que tu deviens très vite le loup au milieu des moutons, ou, pour faire plus juste, le cheveu dans la soupe servie par tout le monde. En même temps, je m’en cogne, il en faut un de temps en temps, et j’ai l’habitude d’être celui-ci. Je n’ai sans doute pas compris le roman, donc honte à moi, pendant les 12 prochaines générations.

Ce texte bénéficie d’une prose que je trouve souvent excessive, et qui a fini par m’excéder d’ailleurs, notamment en ce qui concerne les descriptions de montage et remontage d’armes à feu, dont je n’ai, globalement, pas grand-chose à secouer, comme disait l’autre (tu le connais pas). Comment charger, nettoyer, puis comment tirer, respirer avant de tirer, comment penser, appuyer l’index sur la gâchette, forcément, il y a un moment où je décroche. De là à penser que Tallent a voulu m’impressionner par sa culture immense en ce qui concerne la National Rifle Association, il y a là encore un pas que je franchis allègrement…

Quant aux descriptions anatomiques et aux métaphores, pareil, il y a un moment où j’ai décroché.
Est-ce que Tallent a voulu parler de la violence faite aux femmes, du viol et de l’inceste, en imaginant qu’elles n’étaient pas capables de l’écrire, et qu’il fallait donc qu’un homme nous explique à quel point c’est mal ? Sans doute. Est-ce que le fait d’imaginer ça impose donc l’idée qu’il est persuadé qu’elles n’ont pas le talent (…) nécessaire pour le faire, je n’ose le croire…

Il a pourtant dit dans une interview que le monde (j’exagère) avait besoin de livres comme le sien. Alors là, évidemment, on comprend qu’il y a du level et que si on n’est pas d’accord, ben on n’est pas d’accord, mais on est juste un ignare sans culture, sans empathie pour ces femmes violées et maltraitées dans le monde entier et qu’on fait partie de ceux qui ne savent pas lire. Au moins, maintenant, je le sais. Je sais aussi que les nanas sont incapables d’écrire sur la résilience, sur les abus sexuels, et toutes ces choses qui ne concernent que les hommes. Qu’elles continuent donc à écrire des histoires d’amour, et à être publiées chez Harlequin, c’est bien assez pour elles.

J’espère, encore une fois, qu’il n’a pas écrit ce roman en pensant aux prix littéraires qu’il allait rafler, ce serait, pour tout dire, lui prêter de fort mauvaises intentions.

C’est un livre de mec. Les scènes de viol, d’inceste, sont écrites par un mec, et la douleur, qui devrait être immense et ressentie dans l’âme de Julia, n’est qu’un prétexte à des effets anatomiques et sexuels qui sont autant de détails dont je n’ai, quant à moi, rien à secouer (le terme est choisi délibérément).

Les termes employés, notamment ceux qui sont liés à la description des organes génitaux de Julia m’ont laissé croire que Tallent ne pensait qu’à ça, et était même grave vulgaire et que ces descriptions de « chattes » et autres animaux auraient été tellement plus respectueuses si une femme les avait écrites.

J’ai bien compris, évidemment, que ce père monstrueux créait chez Julia cette image floutée d’elle-même, cette laideur « absolue » qu’elle fabrique en se voyant de telle manière que les actes de son géniteur et violeur ne lui laissent aucun choix. Elle ne peut être belle puisqu’elle n’est qu’une « chatte », une « putain », voire une « chienne », de temps en temps…

Un roman misogyne, qui ne démontre, au contraire de ce qu’encensent les critiques, aucune empathie, mis à part celle liée à cet état masturbatoire créé par le texte. Un état de mec, donc, pas celui d’une femme racontant cette histoire.

Julia mange des œufs crus, des chardons, et des scorpions vivants, pour que Tallent soit bien sûr que j’ai bien compris l’image liée au père et à la queue du scorpion qu’elle arrache avec ses dents. Sans déconner, Gabriel, tu m’as pris pour une truffe…

Est-ce que ce livre va rendre service aux femmes ?

Je crois pas. Je crois qu’au contraire, il ne servira qu’à faire mousser les hommes qui écrivent sur les femmes, et c’est ballot.

Je croyais, quand je l’ai commencé, être tombé sur une vraie perle, sur le « roman noir de l’année ». Je l’ai même dit à ma libraire. Elle était ravie, pace qu’elle a adoré ce roman. D’ailleurs, si tu regardes le ouaibe, tu verras que tout le monde a adoré ce roman…

Tout le monde.

Ce que je ne comprends pas, c’est qu’aucune voix de femme ne se soit levée pour dire le mal-être que ce roman avait créé chez elle, pour dire qu’elle avait pleuré sur l’histoire de Julia parce que cette histoire était racontée par un homme et que cet homme n’avait pas su parler de la douleur. Cette douleur que l’on ressent dans tout son être quand on est face au pouvoir de ces hommes qui ne sont que force brutale, et malignité. Cette malignité qu’on accorde au Diable. Le vrai. Celui qui se marre quand la vie se fait violer.

Je commence demain la dernière collection de chez Harlequin. Au moins, quand je dirai ce que je pense, on va pouvoir se marrer.

En revanche, et quant à la qualité de l’écriture, rien à dire. C’est souvent lyrique, souvent magnifiquement écrit, avec des descriptions étonnantes de la flore et du paysage, mais en même temps, en huit ans, t’as le temps de peaufiner les phrases…

Donc, pas de reproche sur l’écriture, pas vraiment. D’ailleurs ce serait ridicule, parce que j’ai pas le niveau…

Un peu comme si j’oscillais entre deux avis. Un peu comme si je ne savais pas quoi penser de ce roman. Un peu comme si j’étais passé à côté.

C’est sans doute ça.

Alors m’en veux pas. Je ferai gaffe pour le prochain.

Me souviens d’un type qui a écrit un jour que si tu mettais un million de singes devant un million de machines à écrire pendant un million d’années, il y en a un, forcément, qui finirait par écrire du Shakespeare…

Je déconne.

Mais bon…

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.

Et si tu lis ça, tu dis rien, pour une fois que je fais un poisson d’avril…

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