Mato Grosso – Ian Manook

Mato Grosso – Ian Manook

Albin Michel

 

Un préambule, parce que tu sais à quel point j’aime les préambules. Les préambules ça permet de dire des trucs qu’ont rien à voir avec le roman, de prévenir que tu vas pas te faire des potes, ou au contraire, que tu vas avoir de nouveaux amis après la lecture de tes tergiversations.

Donc, d’abord et avant tout, j’ai jamais lu Ian Manook. Jamais. La Mongolie, depuis Inoue Yasushi et son « Loup bleu » paru il y a quelques années chez Philippe Picquier, je m’y suis assez peu intéressé. C’est vrai que je te cause jamais des auteurs du pays du soleil levé, genre Murakami Riû… Et pourtant, ce type est tout en haut de la montagne du roman noir. Je vais sans doute remédier à ça.

T’as vu, encore une fois, je te cause de rien.

Et encore une fois, après avoir fini ma chronication, je jette un œil circonspect sur ce que les internetistes ont écrit… Ben c’est pas joli joli mais c’est finalement assez partagé. Un peu comme moi, tu verras. C’est d’ailleurs peut-être moi, comme souvent, qui suis à côté de la plaque. Ou du bouquin en l’occurrence.

Je t’explique.

Tu peux pas classer « Mato Grosso » dans une catégorie précise. Genre roman noir, ou roman d’aventure, ou roman biographique ou historique. Tu peux pas parce qu’il est sans doute un peu tout ça. Il aurait sans doute pu être ce que tu demandes à un écrivain quand il te prend par la main pour te raconter une histoire.

L’histoire, donc, elle se passe au Brésil. Comme je ne connais pas, et que j’ai pas plus que ça envie d’y aller, c’est plutôt un bon moyen de faire connaissance avec ce pays chanté par Lavilliers, et aimé par tous ceux qui y ont mis les pieds.

Au fait, je cause pas portugais. J’aime bien l’entendre, je trouve que c’est une langue qui chante au lieu de parler, mais je le cause pas. Je te dis ça pour que tu comprennes tout de suite ce qui m’a gonflé dans le roman. Il y a du portugais partout. Tu vas me dire que c’est normal, puisque l’histoire (les histoires) se déroulent au Brésil. Ben ouais. Mais quand je lis un roman qui se passe au Japon, je le lis en français, vu que je parle pas le japonais. C’est logique.

Donc les descriptions, les dialogues, les noms des animaux, j’eusse aimé une traduction, en bas de la page, histoire de me permettre de suivre sans me dire que j’aurais dû faire portugais en première langue.

Ça, c’est fait.

Tu vas avoir chaud. Forcément. Au Brésil, il fait chaud. Il fait même moite. Tu vas transpirer, et tu vas te faire bouffer par les moustiques. Tu vas aussi ressentir à quel point un Français, donc un étranger, peut être mal à l’aise face à des gens qui ne font que le tolérer. J’imagine que ce roman est construit sur des souvenirs puisque c’est l’auteur qui cause « à Françoise, pour nos Brésils et nos autres voyages » … C’est beau.

Pas simple d’écrire comme tu vis. Pas simple de trouver les mots et les phrases qui vont te laisser voir, ou deviner, l’atmosphère d’un pays sans avoir recours à des descriptions de 12 pages pour te montrer un perroquet posé sur une branche. Et même si parfois j’ai eu un sentiment d’ennui, ou plutôt de nonchalance, au fil de ma lecture, c’est sans doute dû à ce que certains dithyrambeurs qualifieront d’écriture qui se mérite.

Sans doute.

Bon, maintenant, le passage où je me fais des nouveaux potes…

En même temps, et finalement assez souvent, j’ai eu un peu le sentiment d’être plongé dans un guide Lonely Planet. Et c’est une menterie, parce que je lis pas de guide Lonely Planet. Ça me prend la tête, les guides touristiques.

Dans les premières pages, je me suis pensé « c’est à la mode, le nature-writing, je vais t’en donner du nature-writing », et donc j’ai failli laisser tomber. Vraiment. Le poser et commencer autre chose. Mais comme j’aime pas gaspiller ma thune, je me suis dis qu’il fallait que je m’accroche. 20 balles, c’est 20 balles.

D’aucun vont parler d’un roman « exigeant, qui se mérite » … C’est pénible de devoir mériter un roman, mais c’est vrai aussi que ça arrive de plus en plus souvent. Qu’on est tellement habitué à des trucs prédigérés qu’on pige pas quand il faut mastiquer avant d’avaler. Tu vas au Mac Do de la littérature, toi ? Moi non. Et je suis pas près d’y aller.

C’est du boulot de lire. C’est pas que facile. Quand tu t’attaques à des vrais écrivains, tu risques d’être partagé entre l’admiration et l’ennui. C’est ce que je voulais te dire tout à l’heure. Bien sûr que les descriptions vont te sembler parfois longues, mais relis les, et savoure les mots au lieu de te dire que c’est trop long, trop construit… comme tu le ferais d’un poème qui demande parfois une lecture à voix haute pour en entendre la musique, pour que l’âme de celui qui l’a écrit finisse par te parler au creux de l’oreille.

Si c’est ce que tu aimes dans la littérature, tu vas être comblé. Si tu aimes les baffes, les claques, les mots qui te restent pendant des semaines… Ben je suis pas sûr que ce soit le bon bouquin. Parce que j’ai pas reçu de claques. Je suis pas tombé de mon canapé, j’ai pas eu le sentiment d’être dans un grand livre. Pas une seule fois.

Et ceci posé, je reste assez d’accord avec Stephen King quand il explique que tous les mots du premier jet ne sont jamais nécessaires. Qu’il faut ne garder que la moëlle du récit et que c’est la meilleure façon d’écrire.

C’est ce que j’ai ressenti après l’avoir refermé.

« Trop de notes » disait un envieux à Mozart.

Ouais, mais on parle de Mozart.

Dans ce cas précis, j’ai parfois eu un étrange sentiment de trop. Trop de mots, trop de descriptions, trop de métaphores, trop de vocabulaire brésilien, trop de dialogues qui sonnent faux, trop de tout. Des chapitres « d’une langueur monotone » comme disait un mec qui s’y connaissait en polésie… Trop de langueur a sans doute tué la langueur. Des passages qui m’ont paru sans réel intérêt sauf à ce que l’auteur me prouve qu’il sait écrire. J’avais pas besoin. Je me suis perdu au milieu de la jungle, et souvent, j’ai pas retrouvé mon chemin…

Une histoire m’aurait suffi, d’autant que Ian Manook, les histoires, il sait visiblement les raconter. L’intrigue est fascinante, réellement, et ce jusqu’à la dernière page.

Dommage, et c’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.

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