Marie-Hélène Branciard

Toujours sur la terrasse de Lila, l’interview de Marie-Hélène Branciard

 

Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?

J’ai écrit mon premier roman, Les loups du remords, en quatre ou cinq ans pendant les week-ends et les vacances. Quand j’ai été satisfaite du résultat, je l’ai fait relire à quelques amis. Je l’ai corrigé en fonction de leurs remarques avant de l’envoyer à quelques éditeurs. C’était trop long (450 pages), surtout pour un premier roman, mais ça je l’ai su après… J’ai reçu des lettres de refus types, assez désespérantes.

Je l’ai relu en essayant de comprendre ce qui n’allait pas et je l’ai remanié. J’ai envoyé cette deuxième version à d’autres éditeurs. Là, j’ai eu deux ou trois lettres argumentées avec de précieux conseils. J’ai suivi les conseils, supprimé une centaine de pages et modifié une troisième fois mon roman avant de le renvoyer.

J’ai enfin eu une réponse positive et publié mon roman chez Black-Ebook, une toute jeune maison d’édition très dynamique qui a hélas fait faillite au bout de trois ans…

Il m’a donc fallu repartir au combat mais le travail promotionnel fait par Black-Ebook m’a permis d’acquérir une petite notoriété, notamment sur le web.

Entre temps, les éditions du Poutan, avec qui j’avais des liens privilégiés, se sont mis à publier de la fiction et m’ont proposé de publier mon roman.

Voilà, ça a été long et difficile, mais je garde tout de même un bon souvenir, particulièrement des moments d’écriture.

 

Écrire… Quelles sont vos exigences vis-à-vis de votre écriture ?

L’écriture est une activité d’une grande exigence. Il faut renoncer à pas mal de choses si on veut aller au bout d’un projet. Oublier les week-ends, se terrer chez soi dès qu’on a un peu de temps libre, s’astreindre à une discipline quotidienne. La plupart du temps on a du mal à écrire ce que l’on veut. On recommence dix fois de suite avant d’être à peu près satisfait. C’est un immense plaisir quand on y arrive, mais il faut batailler ferme.

 

Écrire… Avec ou sans péridurale ?

J’essaye d’imaginer l’écriture en douceur. Ce n’est pas tellement possible… Il faut souvent se faire violence pour accoucher de quelque chose de fort, du moins à ses propres yeux. Il y a un gros travail d’introspection, il faut creuser, se malmener un peu, aller chercher des choses assez loin. Bon, ça n’a sans doute rien à voir avec la douleur d’un accouchement et heureusement, mais pour reprendre l’analogie, si on veut vivre à fond le moment mieux vaut écrire sans…

 

Écrire… Des rituels, des petites manies ?

Toujours le même rituel : je me lève tôt, j’écris un premier jet à la main (environ 500 mots). Puis je saisis ce que j’ai écrit sur ordi en modifiant et en complétant. Je relis à haute voix, je corrige au stylo et je laisse reposer. Le soir, juste avant de m’endormir, je relis mon texte.

 

Écrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est ce qui vous plaît dans chacune d’elles ?

L’écriture de nouvelle est plus excitante. Parce qu’il faut souvent aller vite. Il y a la plupart du temps une date limite à respecter. C’est un exercice difficile puisqu’il s’agit en quelque sorte d’écrire un roman très court. J’aime beaucoup travailler sur le rythme, peser chaque mot, chaque virgule.

Le roman est une vraie aventure sur plusieurs mois, voire plusieurs années. On ne sait pas quand ça finira. J’aime qu’une bande de personnages m’attende, chaque matin. Ils deviennent des amis à qui je pense souvent. Je peux me mettre à rire en pleine rue en pensant à une réplique que l’un ou l’autre pourrait balancer.

Le temps de l’écriture on échappe à la tristesse, à la médiocrité. Comme le dit François Sagan dans Derrière l’épaule : « La littérature (…) nous arrachait à tout, nous distrayait de tout, nous mettait au-dessus des mêlées… […] J’avais l’impression fausse mais vivace que ma vie était là, sur ce gros bateau inventé avec ces héros romanesques, et que le restant de mon existence ne comptait pas ou plus. (…) C’était la première fois que je mesurais la force de l’invention, de l’imagination, ou plus globalement de l’inspiration. »

 

Votre premier lecteur ?

Moi.

 

Lire… Peut-on écrire sans lire ?

On peut sûrement, mais on se prive d’un plaisir et d’une source d’inspiration irremplaçables. Pour moi, lire et écrire sont deux activités intimement liées. Lire me donne la force et l’envie d’écrire.

 

Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?

Demande à la poussière de John Fante m’a beaucoup impressionnée et inspirée quand j’ai commencé à écrire et avant lui, Scott Fitzgerald.

Le cinéma est également une belle source d’inspiration, comme les BD ou les séries. Ça permet de se renouveler, de trouver des angles différents pour décrire ce qui nous entoure.

Pour mon polar Je n’ai pas porté plainte, ce sont des séries comme Transparent, Orange Is The New Black, Sens8, The Killing, Top of the Lake… qui ont été mes muses, aussi bien pour le fond que pour la forme. J’ai utilisé le même mode narratif fait d’ellipses et de ruptures pour essayer de retranscrire la réalité telle qu’on la vit quand on passe beaucoup de temps sur Internet, Facebook, les jeux vidéo, les smartphones…

 

Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?

Ça m’arrive de temps en temps mais ça ne dure pas trop longtemps heureusement. J’ai trouvé quelques techniques pour y échapper :

Faire de longues balades avec un dictaphone dans la poche.

Relire mes carnets, notes, idées et citations.

Aller au cinéma.

Écrire quotidiennement son journal… quoi qu’il arrive.

Se forcer à rester assise devant son bureau au moins une heure et écrire n’importe quoi, il en sort presque toujours quelque chose.

Éviter le web à tout prix : travailler sur papier ou sur un ordinateur déconnecté, sinon c’est la fuite assurée vers Facebook, YouTube et compagnie…

 

Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym’us ?

C’est l’occasion de rencontrer des auteurs reconnus, de se mesurer à eux. C’est une motivation pour se dépasser. On n’a plus le choix une fois qu’on s’est engagé, il faut écrire cette nouvelle. J’aime bien ça. Et puis, accessoirement, ça permet de faire la promo de ses romans.

 

Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes ?

Oui, sans doute parce qu’on a besoin de regarder la peur en face pour l’exorciser et pour supporter le réel…

 

Vos projets, votre actualité littéraire ?

Un 3e roman qui fait son chemin. Sans doute un polar.

La sortie prochaine de Je n’ai pas porté plainte en version numérique.

Le Salon Lis Thé Ratures fin septembre à Boulogne.

Le salon Des livres en Beaujolais le 19 novembre à Arnas.

 

Le (s) mot(s) de la fin ?

Relativiser, ne pas se prendre la tête, suivre sa route…

ILLUSTRATION : Il y a quelque temps j’ai fait une signature dans une grande surface du livre. J’ai passé trois heures perdue au milieu des acheteurs qui défilaient sans même me remarquer. Et puis une dame s’est arrêtée et m’a demandé de quoi parlaient mes livres. Elle m’a écouté attentivement et quand j’ai eu terminé elle m’a lancé un regard noir en me disant : « C’est vraiment affreux vos histoires ! » et elle s’est sauvée comme si j’étais contagieuse.

Crédit photo : Florence Gay-Corajoud

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