L’opossum rose – Federico Axat

L’opossum rose – Federico Axat
Éditions Calmann-Lévy

 

Bluffé, j’ai été. Bluffé pour de vrai.

Tu sais à quel point je suis parfois presque trop difficile, mais là, on va pas se mentir, j’ai passé un super moment de lecture. Comme ça, le suspense qui était à son comble est levé. Ça y est, il va nous faire une gentille chronique. La première de l’année…

Ouep.

Dès le début du roman tu es dedans. Je t’explique. Ted, il en a assez de la vie et de ses aléas. Il veut en finir avec tout ça, et décide de se mettre une balle dans la tête. Il a tout prévu, même la lettre à sa femme. C’est simple, tu prends un flingue et tu le diriges sur ta tempe. Jusque là, rien de bien transcendant, sauf que quelqu’un frappe à la porte, et qu’en plus, devant le silence de Ted, il insiste.

«Ouvre, c’est ta dernière chance.»

C’est le petit bout de papier que le quelqu’un glisse sous la porte. Alors il ouvre et le type, qui semble connaître la vie de Ted McKay aussi bien que si c’était la sienne, lui met un marché entre les mains.

Voilà. Ça commence là.

Tu rentres ensuite dans un récit quasiment Kafkaïen. J’ai pensé à la fois au «Procès» et à «La métamorphose» quand l’homme est face à quelque chose qu’il ne peut maîtriser, puis à certains films de Hitchcock, à quelques romans de King, une espèce de mélange parfaitement assaisonné de ces récits qui t’emmènent sur des chemins que tu ne pensais pas explorer.

Plus de logique, seulement des chemins de traverse, ceux qu’emprunte la folie quelquefois, mais aussi ceux de tes rêves, qui ne se soucient pas de vérifier si tout est cohérence dans ce qu’ils te proposent. Un voyage presque onirique dans le cerveau humain.

Évidemment que Ted est bizarre et que quelque chose ne tourne pas rond dans la façon dont il se comporte. Évidemment que sa mémoire semble faire le tri et ne choisir que ce qui justifie justement ses comportements. Mais Ted, parfois, il m’a rappelé nos comportements à nous. Quand nos décisions sont dictées par quelque chose qui nous dépasse. Par un opossum rose…

Le cerveau humain sait parfaitement se protéger de ce qui ne lui est pas acceptable. Il fractionne et cache tout au fond de lui les choses désagréables.

Tout au long de ta lecture, tu vas amasser des détails, ceux qui vont te servir à comprendre le dénouement.

Cherche pas à faire ça.

Tu t’es gouré de toute façon. Tu pourras pas imaginer la fin.

Federico Axat, il est tordu. Grave tordu. À chaque fois que tu vas être sûr d’avoir compris, tu vas l’entendre se marrer et quand tu vas tourner la page, tu sauras pourquoi il rigolait, parce qu’en fait, il te donne tous les éléments dont tu as besoin pour comprendre, mais ils ne sont pas dans le bon ordre. Et le problème, justement, c’est l’ordre…

J’ose pas imaginer le nombre de post-it qu’il a dû coller sur le mur en face de lui pour arriver à ce résultat.

Dans ce roman, il y a une psy, au fait. Je l’aime. Elle consulte pas près de chez moi, sinon je pense que je l’aurais appelée. C’est elle qui va t’aider à y voir plus clair. Sans elle, tu serais encore en train de chercher les marques sur les arbres.

Tu vas marcher sur le fil, pendant toute la lecture, sans jamais tomber d’un côté ou de l’autre, et ça, c’est magique.

Tu seras toujours à des kilomètres de la réalité imaginée par Federico Axat. C’est sans doute pour ça que tu vas te rendre compte que tu es parfois en apnée. Cherche pas. C’est normal. Quand t’es à fond dans un roman, ça fait toujours ça.

Et si tu crois voir un truc bizarre, traverser juste devant toi, et se planquer à la limite de ton regard quand tu vas le chercher des yeux, sois pas surpris.

C’est l’opossum rose.

 

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