L’héritage Werther – Cyril Herry

 

L’héritage Werther – Cyril Herry

Éditions du Cursinu

 

Tu sais ce que je pense des services de presse. Je suis pas pour. J’en reçois, ponctuellement, mais quand on me demande, j’ai souvent tendance à rectifier le tir en expliquant que je suis pas la bonne personne pour le bouquin. Une espèce d’impression de perdre le peu de liberté que j’ai à dire ce que je pense et mon libre-arbitre qui serait mis à mal par le cadeau fait par l’éditeur.

Donc, la plupart du temps, je dis « Non merci », parce que je suis poli.

Il y a quelques jours, les Éditions du Cursinu m’ont proposé un roman de Cyril Herry. Lui, je le connais, puisqu’il est celui par qui Maneval, Bouysse, et autres Chevalier sont arrivés sur mes étagères. Comment tu veux que je refuse un si joli cadeau…

Alors j’ai dit « Oui, d’accord. »

Et puis, on va pas se mentir, j’étais curieux de lire un autre roman de celui a écrit cette histoire d’enfance que j’ai beaucoup aimée. Celle qui s’appelle « Scalp ». Va voir si t’as deux minutes.

Bon, ça c’est fait.

« L’héritage Werther », ça se passe dans un village. Il s’appelle Les Fades. C’est plus un hameau qu’un village d’ailleurs. J’aime bien les villages. Tu sais, ces endroits où tout le monde est au courant de ce que fait tout le monde. Où tu peux pas te casser tranquille faire un tour sans que les voisins le remarquent, et qu’ils demandent à ceux qui approchent de ta porte ce qu’ils font là, à tourner autour de chez toi. Un peu comme Facebook, mais en plus vivant. Forcément, puisque t’es dans la vraie vie réelle de la réalité du monde.

C’est bien, donc, les villages.

Quentin, c’est le personnage principal de l’histoire.

Je crois.

En fait, non. Le personnage principal de l’histoire, c’est la mort. La mort, omniprésente, à chaque fois que tu tournes une page. La mort et puis la vie, juste derrière.

L’espoir aussi, peut-être. Celui qui traverse le cerveau de ceux qui fouillent les maisons des vieux après leur disparition, en étant presque sûrs que le pognon, il est là, juste sous le plancher de chêne, ou caché là-haut, dans le grenier. Alors Quentin, il cherche.

Il est comme ça, Quentin.

Il cherche en douce. Tu vas pas t’en rendre compte tout de suite. Il fait semblant de bosser dans la maison, mais en fait, c’est des conneries. Il cherche. Il vide les tiroirs, il regarde au-dessus des poutres…

Il cherche son histoire aussi. Celle qu’il voudrait écrire, le roman qu’il voudrait poser sur du papier.

Tu vas croiser des gens, dedans. Des vrais gens, comme Le Gus, sauf que c’est pas celui de M’sieur Bouysse. C’est un autre Gus.

Et puis surtout, tu vas croiser Olga.

Olga, elle roule en mob. Orange, la mob. Et Olga, elle est belle. Elle est vivante. Elle rit. Je crois que je suis tombé un peu amoureux d’Olga, moi aussi. Comme Simon. Mais je suis un petit cœur fragile, ça doit être pour ça.

Olga, elle vit avec son oncle.

« Et t’as pas de petit copain ?

— De petit copain… répéta-t-elle en s’en remettant aux yeux de Quentin.

— Un amoureux, dit-il.

Elle prit sa tasse : « C’est pas la peine, j’ai déjà mon oncle. »

Tu crois que je t’ai raconté l’histoire ? Tu te goures. Je t’ai rien dit du tout.

Je t’ai pas dit les mots de Cyril Herry pour que tu sentes le froid, puis la chaleur du feu. Je t’ai pas dit les phrases pour que tu entendes le silence après la neige. Je t’ai pas dit les images qui vont te rester dans la tête quand tu refermeras ce roman.

Et puis je t’ai pas dit pourquoi il est noir, ce roman. Noir comme la nuit qui tombe sur Les Fades. Noir comme l’histoire d’Olga et comme celle qu’ils vont te raconter tous les deux.

Je t’ai pas dit l’innocence d’Olga, ni l’enfance disparue derrière les maux, ceux qu’il faut cacher tout au fond de soi pour qu’ils ne deviennent pas violence et mort.

Je t’ai pas dit les étangs et la forêt, et la nature qui est là aussi, tout au long du récit, pesante parfois, comme le silence après la neige.

Je t’ai pas dit non plus la pureté d’Olga, celle qu’elle aurait pu garder, comme ces anges qui viennent parfois croiser notre chemin et qu’on regarde partir, ni la faiblesse de Quentin, sa lâcheté aussi, celle que tu connais, parce qu’elle est tienne de temps en temps…

Je t’ai pas dit les rets de l’amour. L’amour qui t’empêche de penser à l’après, celui qui n’existe que dans le moment que tu traverses. Les filets qui t’emprisonnent et dans lesquels tu te débats pour tenter de rester libre.

Tu vois, je t’ai rien dit.

Il ressort, parce que tu pouvais plus le trouver nulle part.

Sois pas ridicule, va le commander.

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