Les vivants au prix des morts – René Frégni

Les vivants au prix des morts – René Frégni

Gallimard

Ça fait des mois qu’un certain Gérard, de la maison de la presse du Lavandou me tanne.

Des mois qu’il me dit que je devrais lire René Frégni.

« Mais vas-y, essaye ! Je suis sûr que tu vas aimer ! »

Des mois aussi, forcément, que je lui réponds que ouais, je vais…

René (on se connaît, maintenant que je l’ai lu), il était à Toulon, pas très loin de moi, sur le stand d’une librairie. Alors t’imagines bien que je suis allé le voir.

Pas vraiment le temps de causer, mais je lui ai dit que j’avais pas le choix, sinon Gérard risquait de me faire un caca nerveux. Pourtant, dès ce premier contact, j’aurais souhaité qu’on prenne du temps. Sans doute que le charisme qu’il dégage est suffisamment rare pour être dit ici.

Il m’a écrit un gentil mot sur son roman, qui parle du silence de l’écriture et du fracas des balles.

J’étais un peu inquiet, pendant les premières pages. Ben ouais, mélanger des mots de poésie à un roman noir, fichtre… C’est gonflé.

Je l’ai aimé en quelques heures, ce livre. Je l’ai refermé avec le regret de laisser un ami. Avec le sourire de son auteur en face de moi, parce que la trace qu’il m’a laissé, c’est son sourire, et c’est pas si fréquent.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman-là.

Non, je déconne, je t’explique plus que ça.

L’histoire, c’est celle de René. Il a un cahier, rouge, et il écrit dedans les mots du matin, ceux qui sont encore tout chauds. Tout chauds du lit dans lequel il vient de s’éveiller à côté d’Isabelle. Il regarde les arbres, les montagnes, les oiseaux qui viennent se goinfrer des baies de la haie qui borde le jardin.

Un cahier dans lequel il écrit la nature. Le temps qui change, les saisons qui passent, la lumière qui descend, le silence. T’as envie d’y être. De boire un café avec lui, de partager ces instants de douceur presque originelle. Envie de parler avec lui de ce qu’est l’écriture, de ces mots qui semblent jaillir de son stylo pour raconter une histoire sur les feuilles blanches de son cahier.

L’histoire, c’est celle de l’amitié. Cette amitié entre les hommes que tu croises parfois au détour d’une rencontre, ou celle que tu espères, parce que souvent t’es déçu.

Ça parle de ces hommes, enfermés dans des pièces de trois mètres sur trois, avec des murs pour horizons. Des murs qu’ils ne peuvent franchir qu’avec des livres, des livres qui leur racontent des histoires et leur permettent, parfois, de s’évader.

Alors ça parle d’évasion, aussi, un peu, et puis d’amour, beaucoup.

Tu croyais que c’était possible toi, d’écrire un roman noir avec des jolis mots ?

Moi aussi, puisque je l’ai croisé parfois, ce don des étoiles, et ce travail de forçat pour y arriver,

mais je m’y étais pas préparé pour ce livre.

C’est une surprise, une vraie surprise.

René Frégni, c’est ce qu’il a fait.

Il a écrit un roman noir, qui t’emmène

au-delà de la frontière que tu pensais ne pas pouvoir franchir.

Cette frontière entre l’écriture et les balles,

celle dont il m’a laissé entrevoir le chemin dans sa dédicace.

Parce que la frontière entre les mots et la vie est tellement mince,

tellement facile à voir, mais si difficile à franchir.

Si tu jettes un œil sur les aficionados du ouaibe,

on va te raconter l’histoire, et c’est dommage.

Dommage de déflorer la moindre page de ce récit en demi-teintes,

alors je vais rien te dire de plus.

Tu découvriras par toi-même.

Tu vas te demander, après la dernière page,

si pour toi aussi l’amitié est plus importante que tout le reste, que tes amours, ou que ta vie.

Si toi aussi tu aurais franchi cette frontière

entre le confort et les balles,

pour n’y gagner que la solitude, parfois,

et la peur, pendant chacun des jours qui suivront ta décision.

Tu vas tomber amoureux d’Isabelle,

de la douceur que tu liras dans ses yeux, et de ses sourires qu’elle destine à René.

Tu vas aimer les paysages que tu vas croiser, malgré la noirceur de la vie,

et tu vas marcher sur les chemins avec lui.

Tu vas adorer ce roman,

parce qu’il va te laisser cette impression étrange qu’un ami vient de te raconter une histoire…

 

 

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