Les mauvaises – Séverine Chevalier

 

Les mauvaises – Séverine Chevalier

La Manufacture de livres – Collection Territori

 

 

Pour commencer, et lever le suspense, Séverine Chevalier fait partie de ces auteurs dont tu te demandes, en refermant leurs romans, ce que tu vas pouvoir lire après.

« Lipo ne doit pas le décevoir

Il acquiesce

Ne pose aucune question

Même s’il ne comprend pas exactement ce qu’entend le toubib

Par

Faut être courageux

Faut se battre

Tout ce vocabulaire guerrier

Il opine

Il ose pas lui dire

Qu’après une fille morte

On s’en fout un peu

De lutter ».

T’as cru que c’était de la poésie ?

C’est des mots, juste quelques-uns, des mots que tu vas trouver dans ce roman.

Je pourrais comme ça t’en donner à lire des pages, mais il faut que je te parle de l’histoire, un peu, parce que pour moi, en littérature, c’est ces romans-là qui te donnent confiance en l’humanité. Parce que c’est cette qualité littéraire qui permet à l’autre, celle des piles, de continuer à vendre des livres, et à nous, qui cherchons des vrais textes, de tomber sur ces écrins contenant la substantifique moëlle des mots posés sur le papier.

Une histoire de violence, humaine, parce que les animaux ne sont pas capables de se blesser comme les hommes. Parce que les animaux ne violent pas, ne mutilent pas, ne rendent pas leurs sœurs mauvaises.

Alors Micheline, elle a quinze ans, et elle se crame les mains sur la tête des clientes du salon de coiffure, et puis Micheline, un jour, elle meure.

Alors Ouafa et Oé, ses amis, ils meurent pas, mais ils sont morts un peu.

Je l’aime bien Oé, tellement à l’écart des autres, de ceux qui savent tout sans jamais rien connaître. Il a peur du froid, du noir et de la mort. Pas toi ?

Je l’aime aussi, Ouafa, perdue, déracinée, au milieu de ceux qui sont d’ici et qui ne la regardent pas.

Alors la forêt, celle des abords de ces volcans d’Auvergne, que je connais un peu, et dans laquelle je me suis perdu, parfois, avec mes potes quand je n’étais qu’un môme.

Alors la peur aussi.

Séverine Chevalier écrit en prose des poèmes noirs comme la nuit au milieu des bois. Quand les monstres chassent les enfants jusque dans leurs rêves.

La violence de ses mots va parfois te sembler irrespirable, parce qu’elle te montre la vie, dans ces endroits désertés de l’humanité, où ne subsistent que les croyances anciennes, où les hommes et les femmes se chevauchent comme les strates de différentes époques, les unes sur les autres, sans jamais se mélanger.

J’ai parfois eu cette impression étrange, au cours de cette lecture, d’’être face aux mots nus, aux mots qu’on n’aurait pas revêtus de leurs habits de ponctuation pour qu’on puisse mieux les entendre.

Ne crois pas que tu vas te promener dans les bois.

Tu vas marcher dans les ronces, toi aussi.

Tu vas avoir peur des arbres et des hommes, toi aussi, et tu vas regarder Micheline se balancer, tout là-haut, au-dessus de ta tête.

Peut-être même que tu vas l’aimer, Micheline, et que tu vas pas comprendre pourquoi elle est morte.

Quelqu’un m’a dit un jour, que les premiers contes de Grimm et des autres étaient d’une noirceur redoutable, et qu’ils ont été édulcorés pour en faire des choses qu’on peut lire aux enfants le soir.

C’est ballot.

L’espoir peut aussi ne pas exister, et sans doute que les enfants doivent le savoir, pour être préparés à ce qui sera peut-être leur vie s’ils décident de ne pas se battre contre les moulins à vent fabriqués par les hommes.

Alors un conte ?

Sans doute.

Aussi.

Un conte noir et redoutable, qui te fera fermer ce roman avec des larmes, pas très loin des paupières.

C’est tout ce que j’ai à dire…

 

 

 

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