Les étoiles s’éteignent à l’aube – Richard Wagamese

 

Les étoiles s’éteignent à l’aube – Richard Wagamese

Éditions Zoé

 

Alors bien sûr, comme aux cérémonies de distribution des prix, je voudrais remercier Richard Wagamese, pour avoir écrit ce roman, les éditions Zoé, pour l’avoir publié, et Nine Verra, pour me l’avoir conseillé…

C’est chouette non ?

Je commence rarement (jamais je crois) mes chroniques par des remerciements. Ça n’arrivera plus, t’inquiète pas.

J’ai encore moins envie que d’habitude de te raconter l’histoire.

Peut-être parce qu’il n’y a pas d’histoire, tout simplement.

Juste des mots, des phrases, des émotions, des paysages et la vie et la mort, juste ça.

La vie qui t’emmène vers la mort, ou la mort qui vient te chercher, cette salope, quand t’as pas fini de faire tes trucs de vivant, quand t’as pas fini d’aimer ceux que tu veux aimer ou que tu viens de croiser ceux que tu connaissais pas mais que t’aurais tellement voulu serrer dans tes bras plus longtemps…

Pas d’histoire, mais un père et son fils qui s’écoutent, enfin, après s’être croisés toute leur vie, sans jamais se regarder vraiment, un fils et son père qui finissent par entendre les mots qu’ils auraient tellement voulu se dire bien avant que la mort ne s’invite.

Pas d’histoire mais ces maladies qui te privent de tout, cet alcoolisme qui te renvoie toujours dans les bras du rien, qui vide ton cerveau, tes mains et ton cœur de l’amour des autres. Cet alcoolisme qui t’emporte au crépuscule, là où le soleil se couche, sans te laisser aucune chance d’attendre l’aube et de voir s’éteindre les étoiles.

Pas d’histoire, mais la nature omniprésente, une fois encore, et j’aime tellement ces livres dans lesquels, quand tu tournes les pages, tu entends tomber la neige ou la pluie sur le sol, comme les larmes des personnages qui laissent des traces noires sur les pierres. Ces personnages que tu finis par habiter et dont tu ressens chacune des émotions données pas le conteur.

Pas d’histoire mais un môme qui grandit et à qui un vieil homme apprend à lire dans le ciel, sur la terre, les empreintes de ceux qui sont passés avant lui. Ceux qui ont été les premiers habitants de la terre qu’il foule de ses pas, sans bruit, en marchand avec les pieds à l’intérieur pour ne pas briser de brindilles et faire fuir le cerf qu’il suit depuis des heures. Parce qu’il est un chasseur, un cueilleur vivant sur la terre de ses ancêtres.

Pas d’histoire mais ce travail dans une ferme, en pleine nature, à écouter les sons de la terre, et à apprendre seul le silence de ceux qui portent le garçon sur leurs épaules, pour qu’il puisse respirer au-dessus des nuages. Apprendre les mots et comprendre les empreintes de ceux qui habitaient ici bien avant lui, ces Indiens que des hommes ont voulu effacer de la surface de la terre mais dont l’âme est toujours présente si tu apprends à regarder au-delà des arbres et des montagnes.

Pas d’histoire mais le pas de la jument qui arpente les terres et le chemin qui mène le fils à son père, puis celui qui les emporte au cœur de la montagne, à cet endroit où la vallée s’étend devant les hommes, comme un infini possible.

Pas d’histoire sauf celle que racontent les peintures rupestres laissées sur les roches par ceux qui vivaient ici bien avant que les hommes ne deviennent autre chose que des meurtriers de la Terre. Ces peintures que le garçon passe des heures à essayer de comprendre pour en retirer ce passé qu’il aimerait tant rencontrer. Tu es déjà resté assis devant une toile, ou une peinture en te laissant juste submerger par l’émotion qu’elle te donne ?

Essaye.

Pas d’histoire mais ce besoin immense de vouloir connaître la mère qui n’a jamais été là, ni dans les souvenirs du vieil homme, ni dans ceux du garçon. Celle qui n’existe que dans la mémoire du père, cette mémoire qu’il n’a jamais dite, cette mémoire qui l’a sans doute meurtri et emmené aux portes de l’enfer. Ces portes qu’il a ouvertes bouteille après bouteille.

Pas d’histoire mais des instants magiques partagés avec Richard Wagamese qui nous offre là un des plus beaux romans sur la paternité et la filiation que j’ai pu lire depuis longtemps.

Pas d’histoire mais une écriture au-delà de la simplicité.

Simplement belle.

Simplement juste.

Pas d’histoire, je t’ai dit ?

J’ai menti.

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