Les chiens de Detroit – Jérôme Loubry

 

Les chiens de Detroit – Jérôme Loubry

Calmann Levy Noir

 

T’as vu « 8 miles », le film biotruc de Eminem ?

Non ?

Ben regarde-le. Ça t’en dira plus sur Detroit que ce roman, dont finalement la ville n’est que le faire-valoir, à défaut d’être le personnage qu’elle aurait mérité d’être.

Bon. Ça, c’est fait.

Ça va vite, presque aussi vite que tu vas mettre à le lire. En même temps, 300 pages, c’est pas considérable, et ça change des trucs à rallonge qui finissent par te lasser et que tu laisses tomber au bout de quelques semaines. Ça, c’est bien. C’est bien, parce que tu peux déjà envisager ce que tu vas lire après, à cause du souvenir que celui-ci ne va pas te laisser.

On a décidé de pas se mentir…

Encore une fois, que de dithyrambes sur le ouaibe… Que de lecteurs émus et complètement emballés par ce roman dont ils ont aimé le début, le milieu et la fin.

Parfois, je me sens seul, mais seul, avec mes déceptions quand je referme un bouquin.

Seul, mais c’est la vie, Lili…

Ça va vite, ça avance grave comme une bagnole qui fonce dans le brouillard, et dont le conducteur ne voit pas approcher la falaise après le virage. Alors tu tournes les pages, vite vite vite, pour savoir. Tu reviens en arrière parce que t’as oublié la date du début du chapitre, parce que dedans, t’as du présent, et t’as aussi du passé. Alors déjà que l’enquête, au présent, elle est pas simple, au passé, je te raconte pas. D’ailleurs, je te raconte pas.

Tu comprends pas pourquoi je dis ça ?

Parce qu’aujourd’hui, tu ouvres tous les romans sur les tueurs en série, et tu as les mêmes personnages. Un mec, une nana, des flics, ils ont mal aux dents, ou au cœur, et ils doivent quand même aller bosser. Quand t’as mal aux dents, tu vas bosser toi ? Eh ben eux, ils y vont. C’est dur comme boulot.

Bon, en revanche, l’histoire tient bien la route, et c’est ce qu’on demande à ces romans qui nous font tourner les pages. Tu visites Detroit (pas longtemps) et tu te dis que tu voudrais pas y habiter. La fin, elle arrive comme dans un film de Disney, quand tu la connais d’avance, genre Blanche-Neige et les sept nains. C’est un peu plus noir et chiadé, mais on n’est pas loin. Tu regardes pas les films de Disney ? T’as tort, c’est comme les livres d’Alexandre Jardin, ça détend (clin d’œil à Philippe Hauret).

Trop de clichés, trop de stéréotypes, trop de ventes au cinéma.

Je me suis donc ennuyé assez rapidement, malgré la présence du « Géant de brume ». Ça fait peur, hein ?

Je me suis ennuyé un peu aussi à cause de trucs dans ce genre :

« Sa chevelure rousse ondoya comme les flammes d’un brasier incertain. »

Tu vois le genre ?

C’est de la Polésie, il disait Desproges.

Tu te souviens ? « Je m’appelle Marine, j’aime ma Maman, elle n’est pas dans la Marine, c’est emmerdant. »

Puis finalement, je me suis laissé prendre, connement, par l’enquête.

Connement, parce que j’ai oublié que ce que je demande à un roman, c’est d’abord et avant tout, de me laisser des traces,

des empreintes de ce que j’ai lu, des images ou des gens qui restent dans ma mémoire.

Le géant de brume, sans doute, pendant une heure ou deux, mais à part lui, rien.

Rien du tout.

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