Le roman de Boddah – Héloïse Guay de Bellissen

 

Le roman de Boddah – Héloïse Guay de Bellissen

Fayard

 

Tu connais Nirvana.

T’as vu, c’est pas une question.

Tu connais Kurt Cobain aussi, forcément. Et Boddah, tu connais ?

Boddah, j’ai dit. Pas Bouddha. Pas pareil. Pas la même chose. Y en a un qui balance des genres de vérité à travers la planète depuis des années et des années, genre amour et fraternité, comme ils font au Tibet, et l’autre c’est le pote de Kurt Cobain.

Je sais, il est mort Kurt Cobain. Donc Boddah, c’était son pote. Son ami imaginaire comme ils disent. Le genre d’ami que tu laisses tomber, à moins que ce ne soit l’inverse, quand tu dépasses le cap de la dizaine en général.

Pas Kurt. Il l’a côtoyé jusqu’au moment où il a décidé de rejoindre Bukowski et les autres au Paradis des mecs et des nanas qui fréquentent les substances pas super légales.

C’est comme une histoire d’amour qu’elle te raconte, Héloïse. Une histoire d’amour que tu peux pas vraiment comprendre parce que dedans, il y a du bruit, de la colère, de la rage parfois, et puis de la douceur tout le temps. Des garçons et des filles tellement fragiles que parfois, tu vas avoir envie de chialer un peu en te demandant pourquoi ils font ça.

Ça se passe au temps du Grunge.

Tu te souviens de ces concerts qui ont tout changé ? De ce concert unplugged à New-York où on n’entendait plus le bruit et les cris, mais juste la musique et la voix ?

Ce livre, c’est aussi l’histoire de ce concert, de la musique de Nirvana. Du génie de Kurt Cobain. Boddah, il te parle aussi de Courtney Love, l’amoureuse de Kurt. Cette fille toute blonde qu’était tellement dingue de Kurt que parfois, ça lui donnait de la fièvre. Cette fièvre que t’as peut-être déjà croisée une fois dans ta vie.

Peut-être.

C’est l’histoire d’une fusion presque originelle entre deux enfants perdus dans le monde des adultes. Des enfants qui ne s’en sortent qu’en oubliant qui ils sont à l’aide de la drogue, de l’alcool, et de la musique. Et pas forcément dans cet ordre.

Drôle d’idée de raconter cette histoire à travers le prisme de cet ami qui n’a, aux dires des gens, jamais vraiment existé. Mais comment en être sûr…

Pendant les vingt-sept années où il a vécu au milieu de nous, Kurt Cobain lui a parlé. Il lui a écrit, a partagé avec lui des moments de désespérance, de bonheur, j’espère aussi, parfois. Il a tout connu. Les concerts, les hurlements du public, les nuits et les jours de ce couple hors du commun.

Il a traversé l’inconscient de Kurt Cobain, il était juste là, et il nous raconte aussi les pensées les plus intimes de ce génie de la musique, un de ceux du club des 27.

Il va te raconter aussi le mariage de ces deux enfants, à Honolulu, il va te dire les disputes et les doutes, les critiques formulées, les maux traversés par cette icone, les chemins empruntés pour arriver jusque dans cette serre où il a décidé d’en finir après avoir écrit une dernière lettre à Boddah.

Ces « paroles de la bouche d’un simplet expérimenté qui, de toute évidence, est un pleurnichard émasculé et infantile. »

Je t’ai pas dit, mais c’était son premier roman à Héloïse. Elle a osé raconter son amour pour Nirvana à travers des mots qui sonnent juste comme la guitare de Kurt lors du concert dont je t’ai parlé au début de la chronique. C’était pas simple d’écrire sur Nirvana au milieu des dithyrambes ou de la haine générées par les pseudo-spécialistes dès qu’on touche à ce groupe quasiment sacré. C’était pas simple d’écrire ce roman en se foutant comme de sa première culotte des réactions qu’il a pu générer, mais elle l’a fait.

C’était pas gagné de me faire aimer Nirvana, et c’était pas gagné non plus de me faire traverser ce miroir. Elle a réussi.

Elle écrit foutrement bien, et ça, c’est de plus en plus rare, au vu de ce que les zôteurs d’aujourd’hui sont capables de produire. J’ai dit produire ?

Ça m’a échappé.

Alors bien sûr, c’est pas un roman noir. C’est un roman de lumière et d’étoiles, celles qui se sont éteintes depuis des années et qui continuent à briller. Parce que tu peux pas faire autrement, quand t’entends Nirvana, tu penses pas au truc des indiens de l’Inde, tu penses à la musique.

Tu pensais pas à Boddah non plus, c’est normal, parce que peut-être que comme moi, tu savais même pas qu’il avait existé, mais t’y penseras demain.

Tu verras.

D’ailleurs, il « cherche enfant, attitude underground, mauvais genre, peu soigneux, écoutant Led Zep, les Stooges et Nirvana. Déterminé.

Pas sérieux s’abstenir. »

 

 

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