Le loup peint – Jacques Saussey

Le loup peint – Jacques Saussey

Le livre de poche

Jacques Saussey, je l’ai croisé au salon du polar du Lavandou. Il s’était trompé d’endroit. Il voulait aller avec les autres bikers à St-Trop, mais il avait oublié sa bécane… Un peu pénible pour un biker, mais il était venu avec sa bague et ses livres, alors ça compensait un peu.

Il était venu aussi avec sa gentillesse et son sourire, et ça, ça m’a changé de certains auteurs qui viennent parfois avec leur ego qui passe pas par la porte du salon, même si elle est très large. Je vise personne, comme d’habitude.

Il m’a fait un dessin sur deux de ses romans. Comme j’avais pas envie d’une suite il m’a conseillé « Le loup peint » et « Principes mortels ». J’ai fait plouf-plouf et c’est « Le loup peint qui a gagné. Je lirai « Principes mortels » après.

Le loup peint, c’est une jolie idée de titre. J’ai lu « Le loup bleu », il y a longtemps, un chouette roman sur Gengis Khan de Yasushi Inoué, sans doute chez Picquier, parce qu’en termes de littérature asiatique, les éditions Philippe Picquier sont assez incontournables. Enfin voilà.

« Le loup peint ».

Ça va vite, « Le loup peint ». Super vite. Un peu à l’image des chapitres qui s’enchaînent sans vraiment te laisser le temps de t’ennuyer, parce que l’histoire prend l’importance qu’elle devrait avoir dans tous les romans que tu lis. L’histoire, ce truc un peu chiant que la plupart des auteurs laissent passer au second plan. Ici, elle a du sens, et elle est suffisamment cohérente pour te laisser imaginer que tout ce que tu lis est possible. Il suffit juste qu’un malade (dans le sens de pathologie mentale) se dise que finalement, on pourrait se marrer en balançant un microbe dans nos civilisations qui s’imaginent qu’elles ne sont pas en danger, que tout va bien, comme disait la société qui tombait…

Je vais pas te faire l’article en te racontant l’histoire, d’autres s’en sont chargés et surtout parce que j’ai des trucs à dire sur le roman, notamment sur la façon dont Jacques Saussey a mis en place l’intrigue qui t’emporte au bout des 460 pages.

Il faut du talent, et il en a. Raconter une histoire, mon grand-père faisait ça très bien, et la Tante Jacqueline aussi. Surtout les ragots, pour Tata Jacqueline, mais c’était bien quand même. La différence, c’est quand les personnages se mettent à exister pour de bon. Quand tu les vois pour de vrai dans un coin de ta tête. D’aucuns vont te dire que certains de ces caractères sont un peu trop caricaturaux, et c’est pas faux comme dit Perceval, mais c’est aussi nécessaire parce que dans la vraie vie réelle de la réalité, on a les mêmes. Tu n’as jamais croisé de caricature de flic, ou de voisin, ou de jeune cadre dynamique ? Moi, ça m’arrive tout le temps, et je me dis « Sans déconner, ce mec, c’est une caricature… ».

L’idée, la bonne idée, vraiment, c’est ce loup peint qui est le personnage central du livre et qui n’est même pas au courant. Il se promène dans les pages de Saussey, le nez en l’air, à la découverte du monde.

Et puis il y a Sophie. Je voulais pas t’en parler, mais ce ne serait pas juste de ne pas lui rendre hommage. C’est une fille comme je les aime. Pas de sentiments sauf celui d’être toujours dans la parfaite ligne qu’elle s’est imposée et dont elle ne s’éloigne jamais. « Je tue donc je suis ».

J’aurais aimé, parce que comme je suis méchant, il faut bien que je déblatère un peu, j’aurais aimé, donc, que M’sieur Saussey nous parle un peu plus de certains personnages. Ceux qu’on appelle secondaires, comme la maîtresse (pas d’école) du vétérinaire. En même temps, il aurait fallu ajouter quelques pages à ce roman, et pas sûr qu’après, il n’y en aurait pas eu un peu trop…

Quelques difficultés pour moi, parce que comme dans certains romans, les hasards fabriquent parfois un peu trop facilement l’intrigue, mais c’est tellement peu présent dans ce roman que ce n’est finalement pas très grave. Je pense simplement que l’auteur aurait pu s’en passer. Le roman et l’histoire se suffisent à eux-mêmes.

L’écriture de Monsieur Saussey, quant à elle, fait partie de ces écritures qui nous semblent parfois presque trop simples. C’est trompeur. Elle est fluide, comme le récit, et elle ne se prend pas la tête avec des descriptions dont la lourdeur, dans certains bouquins, emporte le plaisir de la lecture vers des abysses qui te plongent dans le sommeil…

C’est vraiment bien fait, et vraiment bien écrit.

Le libraire du Lavandou m’a dit que Jacques Saussey, comme le bon vin, se bonifie au fil des romans. « Le loup peint » est de 2016, et « Principes mortels » de 2018… Je devrais me régaler avec le prochain.

Pour résumer, et que tu aies l’impression que j’ai parlé du bouquin un peu, « Le loup peint », c’est l’histoire d’un type qui dérape au détour d’une route de campagne, et qui se fait rattraper par les choses de la vie de Sautet. De Guimard en fait. C’est lui qui a commis le roman éponyme en 67, au siècle dernier…

De là à voir Sophie sous les traits de Romy Schneider…

Va le chercher, il est en livre de poche, et Saussey va gagner 40 centimes dessus. Une fortune, comme tous ces romanciers qui profitent du système pour se faire de la thune.
C’est tout ce que j’ai à dire…

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