Le jour où Napoléon rencontra Michaël Phelps – David Pietri

 

Le jour où Napoléon rencontra Michaël Phelps – David Pietri

Éditions Le bord de l’eau

Je t’explique, d’abord, parce qu’on est à plusieurs kilomètres de ce que je lis d’habitude, pourquoi je suis tombé sur ce bouquin. Il m’a été conseillé par Jean-Luc Bizien et prêté par Gérard, de La maison de la presse, du Lavandou. On causait de la vie qui va, et au détour des mots, ce titre est apparu. Titre suffisamment étonnant pour que je lui demande de m’en dire plus, et c’est ce qu’il a fait. C’est vrai qu’en général, je reste plutôt à l’écart de ce genre de littérature, parce que mes envies de lectures me poussent plutôt vers le noir, le gris, et vers les histoires que les auteurs sont allés chercher au fond de leurs tripes. Pour celui-ci, j’étais pas sûr. Dans le sens où le roman social, c’est plus mon truc.

J’ai eu une période « littérature prolétarienne », pendant laquelle j’ai croisé Martinet et Rouillant, ou encore Wacquant, Zinn, et Martinez. Certains que je relis, comme Dagerman, régulièrement, par morceaux, juste parce que…

Cette période a duré quelques années, puis je suis passé sur un autre rayon de la littérature. Parce que la misère, je la croise tous les jours, au coin de ma rue, et que j’ai fini par en avoir assez qu’on me la raconte. Assez qu’on me dise que ce que je côtoyais n’était pas le pire, et que « Regarde ! Réveille-toi ! ». Assez d’être confronté, page après page, ligne après ligne, à l’alcool et aux mauvais traitements, « parce que son père buvait, tu comprends », aux enfants martyrisés et aux parents irresponsables, aux usines qui ferment parce que le riz est moins chez en Chine que chez Carrefour… Assez.

Donc forcément, les Manchette et autres Ellroy m’ont entraîné sur des pentes identiques, mais eux m’ont raconté des histoires. Sans doute que je suis resté finalement qu’un môme, et que les histoires, j’aime ça.

Donc, après ce long préambule, quid de ce roman, figé tout au fond d’une corsitude que je ne connais pas vraiment. Les Corses, j’en connais. Des vrais, des faux, des expatriés, des « qui y sont retournés », des identitaires, des « en mal d’identité », des gentils et des très cons, une espèce de panel assez classique d’échantillons d’humanité.

Qu’est-ce que va t’apporter ce bouquin au milieu de la quantité astronomique de livres que tu as décidé de lire… Je sais pas.

Qu’est-ce que m’a apporté ce bouquin au milieu de la quantité astronomique de ceux que je voudrais lire… Je sais pas non plus. J’aurais sans doute une désagréable tendance liée à ma mauvaise humeur habituelle à te dire « rien du tout ». Ce qui serait tout à fait ridicule parce qu’après avoir hier noté cette chronique sur mon carnet, je me rends compte qu’il en reste des traces. Tu sais, les fameuses empreintes dans la neige, même si dans ce cas précis, il s’agit plus de boue et de lisier de cochons corses.

Si j’étais méchant, je te dirais que la langue est somme toute assez classique, que Pietri n’a rien découvert au cœur des pages de la littérature. Pas un style qui te fera dire « C’est du Pietri ». Pas de mots inventés ou de façon de les déposer comme certains en sont capables.

L’éditeur parle de « l’entrebâillement d’une porte » et « d’une Corse assignée à résidence dans un huis-clôt étouffant ».

Sans doute que c’est ce qu’il en reste après l’avoir refermé il y a deux jours. Une sensation d’étouffer.

Je mets de côté, volontairement les passages « sexués ». Les passages sur l’amour entre le narrateur et les hommes qui croisent son chemin. J’ai dit « amour », je me suis gouré. Je les mets de côté parce que les descriptions des relations physiques, qu’elles soient homo ou hétéro, ça me gonfle. Notamment quand elles apparaissent régulièrement voire à chaque chapitre. Je n’en parle pas parce que j’ai failli, à cause de ça, passer à côté de la quintessence de ce roman. J’étais encore à côté hier, et cette chronique t’aurait emporté dans une mauvaise direction. Même si à mon sens, elles n’apportent rien au texte, et que c’est sans doute là que l’auteur a trop insisté. Comme, peut-être inconsciemment, un besoin de choquer qui n’était pas nécessaire.

Bien sûr que ces passages renforcent, s’il en était besoin, l’impression, ou plutôt le sentiment de misère sociale qui jalonne le roman. Misère sociale et amoureuse. Celle du narrateur, ou de ceux qui le croisent. Misère des relations familiales.

La misère, donc.

Il est bien évident aussi que l’image que tu as de la Corse va en prendre un coup. Un sérieux coup.

Tu pensais que la famille, le village, l’insularité, tout ça fabriquait une identité particulière et que les liens qui unissent tous les Corses entre eux n’étaient pas que familiaux…

À la lecture de ce texte, tu vas comprendre que tu t’es gouré. C’est comme partout. La cellule familiale, elle peut exploser ici aussi. Le non-amour d’une mère lié à l’altérité, il est possible en Corse aussi.

Le lien corse n’est finalement plus ce qu’il était.

Alors un livre sur l’amour. Sans doute. Sur cet amour que t’espères, quand t’es môme, et qui n’arrive jamais. Sur cet amour que t’espères, qui fabrique ton identité, et parfois ton altérité. Un livre sur ces portes entrebâillées qui se referment sur des secrets de familles. Ces secrets qui tuent parfois, qui détruisent souvent.

Quant à la langue de ce roman, j’aurais tendance, c’est fâcheux, à dire que ce n’est pas écrit, et c’est sans doute là le plus grand défaut que j’ai relevé à la lecture de ce livre. Pas une vraie belle langue. Juste des mots posés les uns à côté des autres.

Alors évidemment que c’est aussi ce qui provoque cette sensation d’étouffement tout au long de ta lecture, qui va finir par t’empêcher de respirer.

De là à dire que c’est volontaire, il y a un pas que je ne franchis pas. C’est un premier roman publié et il a sans doute été écrit avec les tripes qui pendaient devant le clavier. Juste pour ça, j’ai un immense respect pour David Pietri.

Est-ce que j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman…

Je crois pas. Je me suis parfois ennuyé, je me suis souvent demandé où voulait m’emporter l’auteur, et puis pour finir, je n’ai pas compris.

J’ai dû passer à côté d’un des textes fondamentaux de la littérature corse, et ça m’arrive souvent de passer à côté d’un texte fondamental. Je suis pour ainsi dire coutumier du fait.

J’ai pas vraiment cherché, mais je suis sûr que Télérama a aimé. Je lis toujours pas Télérama.

C’est ballot.

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