Le diable en personne – Peter Farris

 

 

Le diable en personne – Peter Farris

Gallmeister

 

Pour ne pas te mentir, sur la quatrième de couverture, j’ai vu que c’est Anatole Pons qui l’a traduit, et Anatole Pons, après le boulot qu’il a fait sur Alex Taylor et « Le verger de marbre », je me suis dit que ça ne pourrait pas être une déception.

Peter Farris, je l’avais pas lu encore. Il a sorti, chez le même éditeur, « Dernier appel pour les vivants », roman qui semble-t-il, a été plutôt apprécié des lecteurs. Tu l’as lu ? Moi, je crois que je vais aller le chercher. Gallmeister est une maison avec laquelle il faut compter aujourd’hui. On est à des kilomètres d’autres vendeurs de livres qui ne pensent qu’à faire du fric en alignant des piles de bouquins chez les libraires, pourvu que le nom sur la couverture soit connu et passe à la télé.

Dans ce roman, il y a Maya et Leonard. Les deux principaux acteurs de cette histoire, noire, mais en douceur quand il s’agit de les raconter à travers leurs gestes du presque quotidien.

Maya a 18 ans, et elle est prostituée depuis quelques années, ça veut dire qu’elle a commencé jeune, mais la valeur n’attend pas le nombre des années comme ils disent dans les livres. Le bouquin commence dans le coffre d’une bagnole. J’avais déjà lu ça dans « Money Shot » chez le même éditeur, comme quoi, les coffres de bagnoles, ça peut être un début d’intrigue intéressant. Pourquoi Maya est dans le coffre d’une bagnole ? Parce qu’elle sait des choses sur un type et que ce type préfèrerait que ça reste entre eux… Il a donc demandé à deux brutasses de la filer aux alligators. Ah oui, ça se passe en Géorgie, et en Géorgie, il y a des marécages et des alligators, ce qui est très pratique pour se débarrasser des sacs poubelles et autres témoins gênants. Le truc, c’est que les deux brutasses en question vont pénétrer sur la propriété de Leonard, et Leonard, il aime pas qu’on entre chez lui si on n’a pas été invité.

Leonard, c’est une espèce de misanthrope, genre « j’aime pas les gens », et rien que pour ça, il mérite le respect. Il a fabriqué du whisky, il y a longtemps, et il a gagné de la thune avec, donc aujourd’hui il veut être tranquille chez lui. Ça t’arrive aussi, de vouloir être tranquille chez toi, non ?

Une des particularités de Leonard, c’est qu’il partage son existence avec un mannequin. Pas un de ceux que tu vois à la télé, qui portent des jolies robes et qui marchent sur des talons, pas du tout. Un mannequin en cire. Tu vois le truc ? Elle s’appelle Marjean. Elle cause pas beaucoup, mais c’est souvent le cas des mannequins en cire.

Leonard, il n’aime pas qu’on vienne le faire suer chez lui, et surtout, il aime pas qu’on fasse du mal aux femmes. Leonard, je l’aime bien. Quand tu liras le passage où il décide d’aller chercher des tampons hygiéniques avec Marjean, tu vas sourire aussi, parce que c’est ça le truc. C’est un roman noir, vraiment, avec des passages presque glauques, mais il y a dedans des situations vraiment drôles.

J’ai assez raconté, tu verras la suite quand tu le liras.

Les méchants, dans ce roman, sont des vrais méchants que t’as grave envie de foutre aux alligators, toi aussi, mais les gentils, souvent, sont pires que les méchants, et ça, c’est plutôt bien trouvé.

C’est lourd, pesant parfois, et glauque souvent, mais c’est bien écrit. Vraiment.

Je t’ai pas parlé de la nature ? J’ai oublié. La nature, c’est, comme souvent dans ce genre de romans, un personnage à part entière, avec des descriptions qui frôlent le lyrisme, et ça aussi, j’ai bien aimé.

C’est bien écrit, et ça se lit d’une traitre, avec plaisir et sans vraiment de regret pour tes 20 balles, quoique…

Parce qu’il faut qu’il y ait un quoique.

Les têtes, ou plutôt ce qu’il y a dans les têtes, ça reste très « premier niveau ».

Maya, malgré sa mémoire « photographique » n’est pas ce qu’on peut appeler une lumière, et loin s’en faut,

même si toi aussi tu vas bien l’aimer, cette pauvre môme à qui la vie a oublié de faire des cadeaux.

Leonard, le vieux « taiseux-bourru » mais qui a un bon fond,

et qui a bien envie d’être aimé par Maya, comme un grand-père qui pourrait lui apprendre la vie…

Les méchants, sur qui j’aurais bien voulu que Farris s’attardent un peu plus, parce qu’il y a du grain à moudre,

notamment avec Mexico, qui m’a fait penser à certains personnages de BD (tu te rappelles du Caïd dans Spiderman ?)

et c’est presque dommage. Ils auraient mérité une vie propre, et des vraies plongées dans l’enfer de leurs cerveaux.

Mais bon, c’est fort, ça pique, et c’est une vraie réussite.

Va le chercher, ou demande au mec en rouge de te l’apporter pour le solstice d’hiver…

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