Le cheptel – Céline Denjean

Le cheptel – Céline Denjean

Marabout Thriller

J’ai fini ce roman depuis quelques jours. Parfois, je laisse passer un peu de temps avant de balancer mes horreurs. Comme si le décantage permettait d’y voir plus clair. J’avais plutôt bien aimé « La fille de Kali », parue au même endroit il y a quelques mois, et écrit par la même Céline Denjean. Du coup, quand celui-ci est sorti, je me suis dit que le risque de ne pas aimer était somme toute assez limité, même si ça t’arrive, comme à moi d’être déçu par un auteur que tu suis de près.

Dans ce roman, plusieurs histoires s’écrivent. Plusieurs histoires se lisent comme si elles étaient liées par l’horreur que tu croises de plus en plus souvent dans les journaux, ou sur le ouaibe, puisque c’est devenu notre moyen principal d’information.

Plusieurs histoires reliées à la grande, celle qui nous raconte des horreurs. Tu te souviens des rafles, des camps, des hommes et des femmes enfermés derrière des grilles, des barbelés.

C’est l’histoire de ces barbelés, sans doute, qui empêchent ceux qui sont derrière de sortir. Les barbelés qu’on a parfois dans la tête, qui nous interdisent de vivre et de grandir parce que quelqu’un les y a mis et refuse de les enlever.

Tu vas rencontrer Atrimen, et tu vas sans doute avoir envie de l’aider un peu quand tu vas comprendre ce qui lui arrive. Atrimen a quinze ans. C’est petit pour avoir des barbelés dans la tête, ces barbelés qui l’empêchent de vivre.

Tu vas croiser cette jeune femme, chassée par des chiens, et tu vas imaginer que ça se passe il y a longtemps, au Moyen-Âge, que ça existe plus aujourd’hui. Aujourd’hui, on ne chasse plus les gens, plus pour de vrai. Enfin, je crois.

Tu vas suivre Agathe. Elle est flic. Elle travaille à Nîmes. Et elle aussi croyait que la chasse à la fille, ça se pratiquait plus depuis longtemps.

Un notaire, un peu vieux, qui décide de suivre la piste de son enfance, parce qu’il est jamais trop tard pour rencontrer ses parents.

Je t’en dirai pas plus. Pas la peine, et tu me connais, ça m’énerve les internetistes qui te racontent le bouquin…

Alors on cause de quoi, dans ce roman ?

De ces drôles d’histoires dont tu as sans doute entendu parler. Ces histoires de lavages de cerveaux, d’endoctrinement, de sectes toutes plus hallucinantes les unes que les autres, ces meurtres collectifs liées à des croyances absurdes, ces hommes dont tu as tenté d’imaginer comment leur intelligence avait pu permettre ces exactions, comment leur conscience avait autorisé ces fameux barbelés.
Le pari d’emporter le lecteur durant 650 pages, c’était pas un pari gagné. Surtout qu’en ce qui me concerne, tu connais mon adage sur les romans policiers, et pourtant.

J’ai tout bien lu. J’ai tout bien tourné les pages, les unes après les autres, sans en sauter une seule.

Je me demande combien de kilos de documentation Céline a dû avaler et coller sur son mur pour arriver à ça. Ça, c’est un roman parfaitement maîtrisé, avec une écriture, elle aussi, parfaitement maîtrisée. Des pages qui s’emboitent, les unes dans les autres, sans jamais que tu te mélanges les pinceaux. Un scénario sans aucune faille qui va te faire retenir ta respiration toutes les dix pages… Juste pour ça, bravo M’dame.

Alors bien sûr que ce n’est pas le genre de roman qui va me laisser des traces pendant des mois, auquel je repenserai parfois au fil d’un mot entendu, ou d’une image croisée qui me remettra en mémoire un passage, un arbre, des pas dans la neige, mais finalement, qu’est-ce qu’on demande à la littérature aujourd’hui ?

Qu’est-ce que moi, je lui demande ?

Mes premières émotions étaient liées au « Comte de Monte-Cristo », à « L’appel de la forêt », ces histoires que j’aimais, ces personnages auxquels je finissais par m’identifier, et c’est peut-être ce qui est le plus difficile à trouver aujourd’hui, à travers ces romans préfabriqués pour faire des piles chez les libraires.

Tu sais, ces bouquins « lus et approuvés » par le club de ceux qui font partie du club de la ligue de je sais plus quoi… Et c’est pas le cas de Céline Denjean. Ma libraire la connaissait pas, et je lui ai dit de commander, de lire, et qu’on en reparlerait.
Je suis pas en train de te dire que Jack London a trouvé un successeur, mais juste que si tu as envie de passer un vrai bon moment, de te laisser raconter une super histoire, sans temps mort, n’hésite pas.

Je suis sûr que tu vas te régaler, si toi aussi, comme moi, tu demandes à la littérature de te prendre par la main et de te dire :

« Viens, assied-toi. Il était une fois… »

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