La petite gauloise – Jérôme Leroy

La petite gauloise – Jérôme Leroy

La manufacture de livres

 

Tu le connais peut-être Jérôme Leroy, alors tu as de l’avance sur moi. Jamais entendu parler, mais en même temps, comme il y en a environ plusieurs dont j’ai jamais entendu parler, c’est pas super étonnant… C’est pas comme si, aujourd’hui, on n’avait que quinze auteurs à lire. Ce bouquin, c’est ma libraire qui me l’a offert. Elle est gentille ma libraire, et même si on n’est pas toujours d’accord, elle a quand même une idée assez précise de ce que j’aime lire. Elle a failli pleurer quand elle a lu mon poisson d’avril, elle m’a dit. J’étais un peu embêté quand même.

Ce roman, elle me l’a mis dans les mains, en me disant qu’elle ne l’avait pas lu, mais qu’elle était curieuse de savoir ce que j’allais en penser.

Alors je l’ai lu.

Ça se passe en France. Pas la tienne, pas la mienne non plus, une France de dans pas longtemps. Enfin, j’espère pas. C’est une dystopie, on va dire. Je sais, j’ai du vocabulaire quand je veux. En même temps, imaginer une France avec dedans un genre de parti politique d’extrême droite qui est plus que présent un peu partout, moi, ça me fout un peu les chocottes. On n’est pas loin de « Matin brun », si tu vois ce que je veux dire. Tu sais, quand tu croises les policiers municipaux avec des AK47… Ah, ils en ont pas encore, des AK47 ? T’inquiète, ça va pas tarder. Ce sera plus simple pour dégommer ceux qui stationnent en double file pour aller acheter des clopes.

L’histoire, comme elle est courte, je vais pas te la raconter. D’ailleurs, même quand elle est longue, je te raconte pas trop non plus. Je sais, c’est pénible.

Dedans, y a un flic qui meurt. Dégommé par un autre flic, mais municipal. C’est le Bloc Patriotique qui file des super fusils à pompes aux flics municipaux. Ça te rappelle quelque chose ?

Le flic qui est dégommé, il s’appelle Mokrane Méguelati, et sa tête « vient d’exploser sous l’effet d’une balle de calibre 12, sortie à une vitesse initiale de 380 mètres par seconde du canon de 51 cm d’un fusil à pompe Taurus, fusil lui-même tenu par le brigadier Richard Garcia, policier municipal ».

Voilà, tu connais l’histoire. Le début.

Après, c’est une histoire banale, comme dit le chanteur. Des flics, des terroristes, des flics anti-terroristes, des djihadistes, des mômes, un prof aussi, un peu paumé, un peu frustré quant à sa vie sexuelle… Rien que des trucs que tu connais déjà, des gens que t’as croisés, des choses qui t’ont fait sourire, juste avant de pleurer.

Par moment, je me suis obligé à ralentir ma lecture, pour en profiter au maximum, parce que je t’ai pas dit, mais c’est un roman court. T’as que 132 pages à lire. C’est pas beaucoup 132 pages, et faut quand même être plutôt balèze pour te raconter une histoire qui tienne la route avec plein de personnages dedans, et avec aussi peu de mots.

Il est balèze, Jérôme Leroy.

Te parler des solutions dont on te fait croire (on, tu sais qui c’est…) qu’elles sont le moyen de fabriquer une société sûre, sereine, dans laquelle tout le monde pourra aller se promener le samedi soir, dans les ruelles sombres de toutes les villes, en mini-short, sans risquer de se faire agresser. T’en parler et te démontrer que non, ça marchera pas, c’est pas aussi simple que ça. Si tu examines, à la loupe, chacun des arguments avancés par Jérôme Leroy, tu vas te rendre compte qu’on nous balance pas mal de conneries, et qu’on essaye de nous obliger à les croire. Mais ce sont des conneries. Ça marchera pas.

Les « fichés S », ça marchera pas. Parce que chacune des actions programmées collectivement peut se transformer en une action individuelle face à laquelle personne ne peut rien faire. Les flics pensent qu’ils sont au contrôle, mais non, ils ne sont pas ceux qui tiennent les ficelles.

Attends, je te parle pas d’aujourd’hui, je te parle du roman… Tu croyais que je faisais un amalgame avec l’année 2018? Que nenni, je suis pas fou. Nos hommes politiques à nous, ils les ont les solutions, ils sont super forts, eux. Pas comme ceux de Jérôme Leroy…

Dedans, il y a aussi « La petite gauloise ». C’est pas une clope du siècle dernier, c’est une fille. Elle a lu Rimbaud et elle en a marre de ce monde pourri, où elle a la sensation de n’être qu’un courant d’air au milieu du vent. Indiscernable, invisible.

Peut-être qu’elle devrait souffler dessus, comme quand tu éteins une bougie. Peut-être que ce serait mieux si ce monde disparaissait.

Tu veux un résumé de ce roman étonnant ?

C’est pas de moi, et ça va te rappeler un film, forcément.

C’est l’histoire d’une société qui tombe, et qui tout au long de sa chute, se répète « jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici, tout va bien… »

 

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