La nature des choses – Charlotte Wood

 

La nature des choses – Charlotte Wood

Éditions du masque

 

« J’ai voulu t’exposer cette doctrine à nous, en un chant possédant le doux accent des Muses, et sur elle poser la douceur de leur miel, dans l’espoir que nos vers sachent, par ce moyen, te retenir l’esprit tandis que tu perçois des choses la nature en sa totalité, et te pénètres bien de leur utilité.»
C’est Lucrèce qui l’a dit…

Lucrèce et la nature des choses.

Quand j’ai commencé ce bouquin, j’ai pensé à Michael Mention et à «Bienvenue à Cotton’s Warwick», puis j’ai pensé à Maud Mayeras, et à «Lux». Forcément, puisqu’on est dans le bush australien et que ces deux romans m’ont laissé un plutôt bon souvenir.

Sur le ouaibe, tu vas lire que ce bouquin parle de la lutte de ces femmes, prisonnières, dans un milieu hostile. Le milieu, c’est le désert. Hostile, le désert.

C’est des conneries.

Un milieu n’est hostile que quand tu ne le comprends pas. Quand tu luttes, justement, contre lui. À partir du moment où tu décides d’en faire partie, tu deviens toi-même un morceau de ce milieu, et l’hostilité n’existe plus. Rappelle-toi tes premiers pas dans le salon de tes parents, à devoir viser le coin de la table pour ne pas te casser la figure. Souviens-toi la terrible hostilité de ce salon que tu découvrais en te heurtant aux meubles et en t’écrasant les fesses par terre. Tu vois ce que je veux dire ?

Alors c’est un roman sur cette adaptation dont l’humain est capable. S’adapter face à un bourreau, face à un kidnappeur, face à la vie quand elle te tend les pièges dont elle a le secret.

Yolanda, c’est un des personnages que tu vas rencontrer. De façon presque inconsciente, elle devient un rouage de cette nature, un morceau de cet univers qu’elle ne connaissait pas, et contre lequel les autres luttent. Elle en devient la Diane chasseresse, plongée au cœur de ces buissons qui commencent par l’empêcher de vivre au milieu d’eux, puis qui finissent par l’accepter, par lui offrir le refuge qu’elle ne peut trouver auprès des autres femmes.

Verla, l’autre personnage récurrent du roman, se réfugie dans ses rêves et finit par les transformer en une réalité qui va l’aider à survivre.

Tu vois… Adaptation.

Mis à part ça, j’imagine qu’il faut que je te raconte aussi ce que j’y ai trouvé.

Une langue d’une richesse étonnante, une capacité au verbe que je croise rarement, et surtout, l’envie d’aller au bout de l’histoire, mais pas trop vite, et ça c’est pas super fréquent.

Pourquoi ces dix femmes se retrouvent enfermées, ensembles, au milieu de nulle part, c’est la faute des hommes. Ceux qui ont profité, abusé, parfois torturé les corps de ces femmes, au point que peut-être (parce que tu sauras pas) le jour où elles décident d’en parler, sans se connaître, les hommes les font disparaître.

Parce qu’elles se sont senties libres, un jour, ils ont décidé de les mettre en prison, et de nier leur condition de femmes.

Parce que la liberté, certains imaginent que c’est dangereux… Là aussi, ça te rappelle quelque chose ?

Et tu vas vouloir les aider, parce que toi aussi, tu vas être enfermé dans ce roman, dans la chambre juste à côté de celle de Yolanda. Toi aussi, tu vas haïr ces deux hommes qui les surveillent et qui veulent les transformer en quelque chose qui n’est plus humain, sauf qu’il leur reste ce supplément d’âme. Ce petit bout d’humanité qui nous permet de vivre et de lutter, quelles que soient les circonstances. Qui nous permet de survivre, même sous les gravats ou derrière les barbelés.

Ça te rappelle encore quelque chose ?

J’ai écrit plus haut la richesse de la langue, cette richesse qui te permet de renifler la crasse et la sueur quand ces femmes n’ont plus accès à l’eau pour se laver. Les mots qui te disent la gêne pour ce sang qui coule tous les mois, et qu’elles ne peuvent cacher derrière leurs hardes.

Ces mots là.

Les mots qui interrogent sur cette société qui fabrique ces images, ce paraître permanent qui nous autorise à faire partie du troupeau, à la condition, la seule condition, de ne pas être différent.

Charlotte Wood te dit l’oppression de ce monde qui veut nous expliquer que seule la beauté de la femme lui donne le pouvoir, et que sans ça, elle n’est plus rien. Que certains hommes, dès l’enfance, considèrent les femmes comme des animaux, des êtres inférieurs, que c’est lié à l’éducation qu’ils ont reçue et que leurs fils donneront aux leurs. Mais comme tu le sais, la vérité est ailleurs…

D’aucun, tu vas voir, vont aussi reprocher à ce roman une fin qu’ils auront trouvée décevante. Les écoute pas. La fin du roman est à l’image du récit que tu vas lire.

Elle t’interroge.

Charlotte Wood écrit en Noir. Vraiment.

Celle qui a traduit s’appelle Sabine Porte. J’en parle pas souvent des traducteurs, et c’est très dommage, mais dans ce cas précis, il me semble important de la nommer, parce que là aussi, c’est du boulot.

Voilà, comme je l’écris souvent, et grâce à Forrest qui l’a rendu culte, c’est tout ce que j’ai à dire sur cette chose là.

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