La horde – Sibylle Grimbert

La horde – Sibylle Grimbert

Anne Carrière

 

Je t’avais dit qu’après le dernier Sandrine Collette, j’allais me faire un roman facile, dans le sens où je voulais pas trop réfléchir, et passer un bon moment de lecture.

«La horde», c’est la couv qui m’a appelé. La couv, le titre, et le premier paragraphe. Je t’ai dit déjà, je lis pas souvent les quatrièmes. Les éditeurs ont tendance à raconter des conneries dessus, un peu comme des marchands de lessive.

Sibylle Grimbert, je la connais pas. Jamais rien lu d’elle. J’ai cru comprendre qu’elle faisait plutôt dans le blanchâtre mais quand t’auras lu (si tu l’as pas encore fait) «La viande des chiens, le sang des loups» de Misha Halden (Justine Niogret), tu sauras pourquoi ça me fait pas peur les auteurs qui font dans le blanc ou la littérature jeunesse… Parfois, tu tombes sur une pépite, et elle te marque pour les trois mois qui suivent.

En plus Anne Carrière, elle est pas connue pour ses romans noirs, donc la surprise pouvait être totale.

Dès les premières lignes, je me suis dit que c’était une sacrée bonne idée. Décider de vivre une histoire par la voix d’un démon qui s’incarne dans un Playmobil, c’est juste osé. On est à un million de kilomètres de «L’exorciste» et de ses dérivés, et j’aime bien ça. De plus l’héroïne est une petite fille, et depuis un certain roman d’une certaine auteuse, où j’ai pas franchement adhéré à la dithyrambe générale, je fais gaffe… Les petites filles, en littérature, ça peut être tout mais aussi n’importe quoi. Bon, j’exagère. Mais tu me connais, j’ai tendance à exagérer.

Je te dis de quoi ça cause, ce roman.

D’abord, il y a Laure. Laure, elle a dix ans, et c’est une chouette môme. Gentille, avec des copines, elle va à la piscine (clin d’œil à Éric Maravélias, j’me comprends) et franchement, on voit pas trop ce qui pourrait changer ça. Mais l’autre personnage, c’est Ganaël. Ganaël, ça fait quelques milliers d’années qu’il fait la planche sur son marécage, et il en a marre. Il voudrait bien vivre sa vie. Ganaël, c’est un démon. Un vrai, comme t’en a sûrement croisé plein, mais juste t’as pas fait gaffe.

Ganaël a repéré Laure, et il décide de prendre possession de cette petite fille et de lui apprendre les trucs que t’apprends pas aux petites filles d’habitude.

Genre, la cruauté, l’indifférence à la souffrance… Le Mal.

Une langue vive, au ras du sol, parce que Laure, elle est petite, comme toi quand t’avais dix ans, et que tu jouais à «t’es pas cap».

Et puis tu vas devenir Laure, et te souvenir, ces trucs de mômes, ces histoires de fées et de fantômes qui frappaient aux portes ou qui faisaient démarrer les mobylettes.

Donc c’est une histoire, bien racontée, mais pas que.

Pas que parce que celui qui cause, celui qui dit «je», c’est le démon. Et c’est juste génial. Parce que la possession, c’est comme les frites, si tu fais pas deux bains, c’est raté. Un premier bain dans de l’huile à 220° (c’est la température de l’enfer, tu savais pas ?) et un second bain, plus long, à 180°(c’est la température du purgatoire).

Ce qui est vraiment étonnant, c’est de voir le démon qui s’approche de la condition humaine, et qui finit par… Je te dis pas, je déconne.

J’ai aimé l’ironie, présente tout au long du texte, j’ai aimé Laure, qui se rend compte que finalement, être méchant, c’est pas idiot, ça peut aider à vivre plus confortablement. T’en connais des comme elle, je le sais.

Comment lier un démon et une petite fille ? Comment faire de cette relation pas franchement simple au départ, une vraie relation, presque amoureuse, la même que celle qui perdure au sein d’un couple, quand l’autre accepte l’un, malgré…

T’as rencontré des pervers narcissiques ?

Tu sais ceux qui sont incapables, ou presque, d’empathie, mais tu t’en es pas rendu compte tout de suite, ceux qui ne parlent que d’eux, tout le temps, et que tout ramène à eux, en permanence, ceux qui détruisent ceux qui les entourent, et notamment dans le cadre du duel, représenté par le couple.

Ceux là.

La soumission, elle est dans ce roman.

La lutte contre la volonté de l’autre, elle est dans ce roman.

La violence psychologique, elle est dans ce roman.

La tentation, l’envie, elles sont dans ce roman.

L’innocence des enfants (t’y crois toi ?), elle est dans ce roman.

Mais voir l’humanité de l’extérieur, en bronzant sur son marécage (ça te rappelle des gens ?) et en faire partie, c’est pas pareil…

J’ai cru tomber sur un roman sympa, facile à lire, et distrayant, je me suis pas trompé.

C’est ce que je te disais. Parfois, dans le blanc, il y a du noir, et ça fait du gris.

Foncé, le gris.

 

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