John Fante

Si tu regardes un peu ce que j’écris sur le réseau socialisant, tu sais que j’ai une espèce d’admiration pour les mecs qui écrivent avec leurs tripes. Ils sont pas super nombreux, on va pas se mentir. Au jour d’aujourd’hui, comme disait mon grand-père, n’y a plus de place pour les vrais écrivains. Il y a de la place que pour les marchands de soupe, ou de potage au vermicelles.

Moi, le potage au vermicelles, j’aime pas ça. C’est pas tellement le potage, c’est les vermicelles qui passent pas. T’as déjà lu du Musso ? ou du Vargas ? Je veux dire que t’as essayé ? Ben c’est pareil. Des gens qui écrivent des trucs convenus, avec les mêmes vermicelles dedans, et ça fait des bouquins, écrits avec les pieds, ou t’as la furieuse impression de perdre ton temps, mais que quand même, pas le finir, c’est gaspiller de la thune et que c’est pas bien. J’ai commencé le dernier Giebel, et au bout de trente pages, j’ai eu le sentiment qu’elle se foutait de ma gueule. Alors je l’ai posé, et je vais me le lire par épisodes, comme une série Netflix, tranquille. C’est quoi cet engouement pour des zôteurs qui savent pas se renouveler ? Comment t’expliques les queues de douze kilomètres à la moindre signature ?

Je m’énerve pas, Ghislaine, j’explique.

Donc, Fante. John Fante. J’ai pas le niveau pour en faire une chronique. Une espèce d’impression de pas pouvoir te raconter pour de vrai à quel point cet écrivain a changé ma vie de lecteur, à quel point il a même changé ma façon de concevoir la capacité à écrire dont certains se targuent en faisant les malins dans les salons du livre et autres joyeusetés liées à la vente de potage…

Quand tu regardes la photo, tu vois deux choses. Un mec qui te regarde dans les yeux, et une machine à écrire. T’as besoin de rien d’autre pour comprendre ce qu’il a mis dans ses livres. Manque juste la photo du chien… Attends…

Pourquoi cette admiration sans borne de Bukowski pour ce type alcoolique et qui ne parlait que de lui ? Je sais pas. Pourquoi cette admiration sans borne de moi pour ce type alcoolique et qui ne parlait que de lui ? Je t’explique.

Il a tout donné pour l’écriture. Il a tout laissé pour pouvoir écrire, même sa vie et sa famille. Quand je te cause des tripes jetées sur le papier, c’est ça. Quand certains parlent de génie en découvrant un auteur qui balance les mêmes mots que les autres, juste en changeant l’ordre, je me dis qu’il serait peut-être temps d’arrêter de lire des cacas de chiens, et de revenir aux fondamentaux. John Fante, c’est un fondamental.

Quand certains écrivent et sont persuadés d’être le nouveau génie des alpages, je me dis qu’eux aussi devraient revenir aux fondamentaux. Histoire de se remettre à niveau et de comprendre qu’écrire ce n’est pas que balancer des messages sur Facebook. Que le génie, c’est d’abord être capable d’écrire sur soi, et de ne voir que le côté sombre. Quand tu auras lu « Bandini », tu comprendras. Bien sûr que d’autres ont caressé cet espoir fou de devenir le plus grand écrivain du vingtième siècle. Bien sûr que d’autres ont écris des romans qui t’ont laissé sans voix, sans possibilité de pouvoir en parler… Bien sûr.

Mais donc, j’ai ressorti mes classiques à moi, pour me faire du bien après avoir reposé des trucs imbitables. Je veux dire que moi j’ai trouvés imbitables, donc je vais pas t’en causer.
Mes classiques, Buk en a parlé, il y longtemps. Avant qu’il grimpe au Paradis des écrivains pour boire des coups avec ses potes. D’ailleurs, je suis presque sûr qu’ils trinquent tous les deux à la santé des éditeurs qui font bien leur boulot. Et à celle des écriveurs qui déposent délicatement leurs tripes sur le papier. Il disait ça :
 » Un jour j’ai sorti un livre et c’était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte.
Voilà enfin un homme qui n’avait pas peur de l’émotion. L’humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi. J’avais une carte de la Bibliothèque. Je sortis le livre et l’emportai dans ma chambre. Je me couchai sur mon lit et le lus. Et je compris bien avant de le terminer qu’il y avait là un homme qui avait changé l’écriture.
Le livre était « Demande à la poussière » et l’auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m’influencer dans mon travail. je terminai
« Demande à la poussière » et cherchai d’autres Fante à la bibliothèque. J’en trouvai. « Le vin de la jeunesse » et « Bandini ». Ils étaient du même calibre, écrits avec les tripes et le cœur… »

Tu les as pas lus encore ? Tu déconnes…

Va chercher « Bandini », et tu comprendras pourquoi je t’ai raconté tout ça…

2 commentaires sur “John Fante

  1. Même opinion pour Fante. Une exception. Magnifique. Mon auteur favori. Un feu d’artifice de folie et d’émotion grâce à une écriture hors-norme, explosive et juste. Une honnêteté sans concession. Fante, c’est une expérience à part entière, une sorte d’initiation à la vie. D’un point de vue littéraire, en découvrant cet auteur, j’ai eu l’impression de perdre un pucelage !

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