Jake – Bryan Reardon

Jake – Bryan Reardon

Gallimard – Série Noire

 

Je viens de terminer un roman encensé par la quasi intégralité des blogo-chronico-raconto-ouaibeurs de l’univers tout entier. Ça fait du monde, on va pas se mentir. Du coup, quand je l’ai ouvert, je m’attendais vraiment à LE roman de l’année, celui qui allait me laisser une empreinte indélébile jusqu’à la fin de la décade (je déconne), voire plus si affinités. Au moins jusqu’à la fin du mois. Ou de la semaine. Une trace, quoi.

Et je te cause pas des éloges hallucinantes reçues de l’autre côté de l’océan, chez nos amis Étazuniens.

Quand tu ouvres un roman comme ça, on se ment toujours pas, tu espères vraiment que personne t’a raconté de conneries.

Alors voilà, comme dit l’autre…

Fin du préambule.

Exceptionnellement, je te lis la quatrième de couv, vu que tout le monde, y compris l’éditeur, a décidé de pitcher le truc et que ça semble n’avoir gêné personne.

« Simon Connolly est l’heureux père de deux enfants, Jake et Laney. Sa situation d’homme au foyer est pour le moins originale et Simon n’est pas toujours très à l’aise dans ce rôle. Mais, cahin-caha, la famille coule des jours paisibles… Jusqu’au matin où Doug Martin-Klein, un gamin insociable dont Jake est le seul copain, tire sur plusieurs camarades de classe avant de se donner la mort.
Les survivants et les blessés sont peu à peu évacués, mais Jake est introuvable. Et très vite soupçonné d’être le complice de Doug.
Commence alors pour Simon une véritable descente aux enfers. Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ? Comment a-t-il pu ne rien entrevoir du drame qui se profilait ? Jake est-il coupable ? Où est-il passé ? »

Ça fait envie, non ?

En plus, ça rappelle des trucs qui arrivent de plus en plus souvent, ça rappelle les difficultés de nos amis Étazuniens dont je parlais précédemment avec la vente d’armes autorisée en grande surface, et ça rappelle surtout ces faits divers qui nous semblent exister à des millions de kilomètres de chez nous…

Le héros du bouquin, c’est donc le papa. Celui qui est « homme au foyer ».

Simon.

Je sais pas si j’aurais mis des guillemets autour de femme au foyer. Comme quoi, ces trucs fémino-méfiants nous hantent jusque sur nos claviers…

Je te fais grâce du racontage d’histoire que j’ai vu sur à peu près toutes les chroniques, comme pour remplir un salon d’étagères Ikéa parce qu’on sait pas quoi mettre comme meubles et qu’il faut bien mettre quelque chose. Si j’étais lecteur de chroniques, ça m’aurait gonflé. Pourquoi raconter à nouveau l’histoire plutôt que parler de ce que t’as aimé ? Je te le demande à toi, Ouaibeur ou Ouaibeuse… À toi.

Quant à moi, le dernier « Série Noire » que j’ai approché, et aimé, c’est « La faux soyeuse », de M’sieur Éric Maravelias. Je sais que tu l’as pas encore lu, mais je te dis plus rien, t’as l’air bête, et ça te regarde. J’avais essayé d’ouvrir le truc (je pèse mon mot) d’un libraire, il y a quelques temps, mais je l’avais reposé vite fait après la première page. On va dire que j’avais pas accroché (je suis poli et gentil).

Donc, « Jake » de Bryan Reardon.

Alternance d’aujourd’hui après la tuerie (ça s’appelle comme ça, c’est pas moi qui le dit, c’est les gens dans le livre), et hier, quand Jake (il a disparu, je te rappelle) était un petit garçon très gentil, un peu timide, mais très gentil. Tu vas même le voir quand il n’était qu’un bébé, et tu vas voir comme il était vraiment un chouette bébé justement.

Mais comment s’est-il transformé en ce tueur supposé ? Mais bon sang, comment ?

Que s’est-il passé dans l’éducation donnée en presque exclusivité par Simon, pour que Jake puisse décider de faire un carton sur ses collègues de classe ?

Qu’avons-nous raté dans l’enfance décrite par Simon (le papa) qui a fabriqué possiblement cet assassin ?

Je te rappelle que c’est Simon qui raconte. Que c’est la colère de Simon qui t’étouffe parfois, que ce sont les larmes de Simon qui coulent sur tes joues (pas sur les miennes), et que c’est Simon qui est parfois persuadé que son fils est devenu ce tueur diabolique (dans le sens où le Diable, c’est le Mal, et que se servir de ses collègues de classe pour faire un carton, c’est mal).

Sans doute que par instants (j’ai failli dire moments, mais il ne faut pas exagérer), les descriptions, notamment des voisins, ceux qui jugent, vont te rappeler des choses. Sans doute que toi aussi, parfois, comme moi, tu as pris le parti des plus nombreux, de ceux qui accusent sans preuves, juste parce que d’aucuns disent qu’ils ont entendu un journaliste en parler, qu’ils l’ont vu à la télé, où qu’ils sont sûr que…

Sans doute.

Sans doute aussi que c’est le côté le plus intéressant du roman. Truc de Psy. Je t’ai pas dit, mais Reardon, il est psy et il écrit des articles dans des revues médicales, d’habitude, et peut-être que, d’ailleurs, il devrait continuer, mais c’est mon avis. Juste mon avis.

Alors, pour me réconcilier avec ceux qui ont, ou vont, encenser ce roman, j’ai passé un moment de lecture plutôt tranquille, c’est-à-dire que je me suis pas fait suer pendant 327 pages. Mais c’est quand même la moindre des choses, à 21 €… Sinon, j’aurais été agacé encore un peu plus.

C’est vrai que les médias nous causent presque chaque semaine d’un drame survenu dans une école étasunienne, qu’il y en a eu plus de 15 depuis le début de cette année, et qu’à chaque fois, des gosses meurent, et que ça, ça fout les glandes. Grave. Qu’on a envie de dire à tous ces cow-boys d’opérette que balancer des armes en vente libre, c’est pas forcément une bonne idée. Qu’apprendre à des gosses à tirer à cinq ans, c’est pas forcément une bonne idée non plus.

Je me mets deux secondes à ta place si t’as des ados à la maison, et je tente d’imaginer à quel point certains jours, ou certaines infos, peuvent être angoissants. Et je dois dire que ces sentiments, ces angoisses, sont parfaitement décris dans ce roman. Mais c’est la moindre des choses. Il est psy, je t’ai dit, le gars.

Est-ce que ça suffit à faire de la littérature ?

Je suis pas sûr.

Est-ce que les scènes de l’enfance de Jake sont de la littérature ou un article de « Parents magazine » ? J’aurais tendance à pencher pour la seconde hypothèse.

Est-ce que les sentiments et les angoisses de père au foyer (j’ai viré les guillemets, du coup) de Simon m’ont passionné ? Pas exactement, dans le sens où j’en ai pas eu grand-chose à péter. En plus c’est limite ballot et mal écrit au contraire des passages liés à la recherche de Jake qui ont le mérite de se lire avec plus de plaisir même si la fin est d’une tristesse, mais d’une tristesse, et je parle pas des sentiments dégagés par l’écriture mais bien de la morale à la « mords moi le nœud » que Reardon nous assène comme un coup de batte de base-ball sur le sommet du crâne dans la dernière ligne du bouquin.

Tu vas voir, je vais me faire crucifier sur la croix des « Krönikeurs », tout en haut du Mont du Crâne, mais on s’en fout.

C’est mes sous, je dis ce que je veux, et c’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman-là.

Voilà.

 

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