Fin de ronde – Stephen King

Fin de ronde – Stephen King

Albin Michel

 

 

 

Tu sais comment je l’aime ce mec. Tu le sais et on est nombreux dans ce cas. Grave nombreux. C’est justifié ?

Je crois.

T’en connais beaucoup d’autres qui t’ont emmené aussi loin sans une seconde d’ennui ? Aussi loin dans le presque possible sans jamais douter des peurs dont il te parle ?

Moi non plus.

Si t’as l’occasion de te plonger dans « Écriture », où il t’explique comment l’acte d’écrire fait partie de sa vie, et ce par quoi il est passé, vas-y, n’hésite pas. Il est juste en face de toi, et il te parle, comme à un pote à qui il se confierait autour d’un verre de jus de fruit (il ne boit plus d’alcool), ou au hasard d’une promenade à la campagne.

Enfin bon, je rêve

Alors ce roman, c’est la fin de la ronde commencée avec « Mr Mercedes », et continuée avec « Carnets noirs ». Fais chier. J’aurais bien fait un tour de plus dans le manège. C’est ça, quand tu t’ennuies pas, Quand les personnages que tu rencontres finissent par faire partie de ta famille, de tes potes, ou de ceux que t’aimerais bien croiser de temps en temps, pour aller boire un café.

Voire aller chasser le tueur…

Brady Hartsfield. Le tueur que tu croyais bien entamé à la fin de « Mr Mercedes »… Eh ben non. Il est là. Dans son lit d’hôpital. Et il est en forme. En forme de quoi, je te dis pas. Tu liras.

C’est une trilogie. Ça veut dire que Monsieur King aurait pu écrire trois fois la même chose, forcément. Y en a qui se gênent pas, et t’en connais… Trois fois le même roman en variant un peu l’histoire, et en mettant ses personnages dans des situations différentes mais linéaires. Ouais. Mais c’est pas son style… Son style, c’est de te raconter des histoires. Et c’est pour ça que je l’aime d’amour, depuis des années et des années et des années…

Bon, avant toute chose, et pour éviter les écueils du dithyrambe, je sais que « Fin de ronde » ne sera pas le roman culte de ces dernières années. On va pas se mentir. On est à quelques dizaines de mètres de certains de ceux qui ont marqué au moins une génération. Mais juste quelques dizaines de mètres. Pas plus.

D’abord, le premier truc : si tu veux réellement profiter du manège à fond, tu dois lire les deux précédents. Pourquoi ? Parce que comme ça tu vas suivre les personnages, les aimer, te les approprier, et ça c’est le génie de Monsieur King. Te filer des gens, et en faire tes amis. Bon, pas tous. Mais Hodges et Holly, c’est sûr. Et comme c’est un génie (je sais…), tu vas profiter de chacun des points de vue, comme si t’étais dans la tête de ceux que tu croises tout au long de l’histoire. Et comme c’est un génie, il va te parler des sujets qui lui tiennent à cœur. Tu sais déjà qu’il le fait souvent. Tu te souviens de « Shining », pas la version de Kubrick, je te parle du livre… ou éventuellement de celle que King a réalisée il y a quelques années. Tu sais ce qu’il disait de celle de Kubrick ?

« C’est une splendide Cadillac sans moteur. On peut s’asseoir dedans, apprécier le parfum de la garniture de cuir – la seule chose qu’on ne peut pas faire, c’est conduire où que ce soit… Le vrai problème, c’est que Kubrick a entrepris de faire un film d’horreur sans rien comprendre au genre… ».

Tu vois l’idée ?

Donc « Shining », « Dr Sleep » et l’alcoolisme. « Simetierre » ou « Histoire de Lisey » avec la mort qui vient frapper à ta porte et qui te vole ceux que tu aimes, et toutes ces peurs de gosses, ces monstres cachés dans ta chambre, qu’il a fait ressortir, sans bruit, mais qui t’ont parfois empêché de dormir sans avoir jeté un œil sous le lit. Je te parle pas du clown, d’autres vont s’en charger…

Dans ce triptyque, il te parle du meurtre de masse, du cancer, du suicide, et des écrans qui fabriquent des trucs bizarres. Je sais. T’es en train de lire sur un écran…

Il avait aussi abordé les smartphones dans un de ses romans précédents. Tu te souviens ? Question piège, sans regarder sa bibliographie.

En fait, Stephen King, il te parle de la vie. Celle que tu côtoies, jour après jour, et celle qui te fait peur parfois, celle qui rejoint tes cauchemars aussi, et tu t’en souviens. C’était il y a quelques jours à Las Vegas…

Comme d’habitude, je me rends compte que je déblatère sans parler du bouquin…

C’est parce qu’il a tout essayé. Et parce qu’il a tout réussi…

Terminer cette histoire en y ajoutant cette touche de fantastique qu’il adore et qui jamais ne te fait dire « C’est déconner, c’est pas possible… », c’était pas gagné. Et pourtant, c’est juste parfait. Pas de dissonance avec le reste de l’histoire. C’est simplement logique. Et puis le fantastique, t’y as jamais été confronté ? Tu sais bien ce que je veux dire. Le paranormal, a dit je sais plus qui, c’est juste du normal qu’a pas encore été expliqué…

Avec « Mr Mercedes », on était dans le noir, et là, on y retourne.

La fin de la ronde, ça peut être celle d’une vie qui s’achève, mais pas que. Un écho qui rebondit sur les écueils, jusqu’à s’éteindre doucement.

La mort, bien sûr, omniprésente dans ce roman, mais aussi la vie. Celle que tu dois célébrer chacun des matins, quand tu te réveilles,

pour oublier que la Camarde de Brassens vient te chercher, un jour ou l’autre.

La solitude, celle de ce vieux que tu croises tous les jours, et qui ne parle plus à personne, jamais,

sauf à la caissière du supermarché où il va tous les jours chercher un truc qu’il a volontairement oublié la veille.

Internet, et ses dérives, celles que tu connais, celles qui te font peur.

Les jeux vidéos derrière lesquels les mômes se cachent pour tuer des gens « pour de faux »

T’as vu, je t’ai pas dit grand-chose…

Juste un truc.

Je l’ai pas lâché.

Un roman un peu moins marquant chez Monsieur King, c’est un roman majeur chez la plupart des écriveurs. C’est du « level », comme dit un de mes potes.

Du « level ».

Grave.

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