Exécutions à Victory – S. Craig Zahler

Exécutions à Victory – S. Craig Zahler

Gallmeister – NéoNoir

 

D’abord, et avant toute chose, ce bouquin, c’est un conseil de ma libraire. Elle me connaît et elle sait que j’aime assez les trucs qui décoiffent.

Et celui-ci, il décoiffe alors ?

Je savais que t’allais me demander…

Je sais pas. Franchement, je sais pas.

Je t’explique le truc.

« le nom de la ville, c’est Victory. (Bettinger ricana.) Pense au pire bidonville que tu aies jamais vu, chie dessus pendant quarante ans et tu auras une idée de ce à quoi ça ressemble. »

Voilà, ça te donne une idée.

Gallmeister, je les aime bien. Déjà, ils éditent tous les David Vann, et en plus leurs couvertures sont chouettes. Tu sais que j’aime bien quand le livre est beau, ça permet de ne pas avoir honte quand tu le montres à quelqu’un… J’ai pas dit « prête ». J’aime pas trop prêter mes bouquins.

Donc, « Exécutions à Victory ».

Dans le bouquin, il y a Bettinger. C’est le personnage principal. Il est black foncé. C’est pas moi qui le dis, c’est Zahler. Et en plus il est flic. Et tu sais déjà que les histoires de flics, je suis pas fana outre mesure. Mais bon. C’est ma libraire qui me l’a conseillé, comme je t’ai dit.

Donc, ce flic, il arrive dans le trou du cul du monde plus ou moins civilisé parce qu’un type s’est suicidé après avoir parlé avec lui. C’est pas le genre à prendre des gants quand il a un truc à dire, et ça j’aime bien.

C’est un polar, alors ?

Ouais. Genre.

Bettinger est un homme qui semble être revenu de tout, ou à peu près, mais surtout, c’est un flic compétent. C’est pas rare, il y en a plein les rues il paraît. Pas nos rues à nous, les rues de Victory. Essaye de suivre un peu.

Donc Bettinger, il aime sa femme, et il aime ses enfants aussi, et puis il aime son boulot.

Sans doute aussi que le personnage principal du roman, c’est la ville, justement. Parce que quand tu tournes les pages, t’as l’impression qu’elle respire. Et ça pue grave. C’est même plutôt fétide comme haleine.

Le style de Zahler, c’est du cinéma. Pas dans le sens où c’est pas réaliste… Quoique…

C’est fluide, ça se lit tout seul, comme quand tu regardes un bon film. C’est sans doute là où le bât blesse. C’est écrit pour la Mecque (relis Cendrars).

Trop de trucs un peu ridicules. Genre les pigeons morts qui jonchent les rues de la ville, sans que tu saches vraiment pourquoi. Sans doute que le Diable s’est invité à Victory, mais on le voit jamais. C’est ballot.
Le gore, j’aime pas ça. Surtout s’il n’y a pas de raison. Et là, j’ai pas vu une seule bonne raison de valider ces descriptions quasi cliniques. Tu vois ce que je veux dire ?

Tu t’es fait suer alors ?

Ben…

La deuxième partie du roman, ça se passe en une nuit. Et j’ai trouvé ça long, mais long, comme un jour sans eau. Des descriptions qui durent pendant des kilomètres, Des paragraphes qui n’en finissent plus, des effets de styles sans aucun intérêt sauf à dire « T’as vu ? Je sais écrire hein ? »

Le « Sin City » de Miller, c’est une merveille. Le roman graphique, je veux dire. Le film est plutôt assez réussi. Mais là, on est à des kilomètres de Monsieur Miller. Des kilomètres.

T’as vu « S7ven » ?

Ben regarde le à nouveau. Tu perdras pas ton temps.

T’as vu « New York 1997 » ?

Pareil.

Tu vas prendre deux ou trois baffes, on va pas se mentir, mais juste deux ou trois sur 470 pages, c’est un peu court disait Rostand.

Peut-être une chose à sauver : ce labyrinthe de rues que tu peines malgré tout à imaginer.

Trop confus, trop gore, trop descriptif.

Pour finir, je vais pas en garder un souvenir impérissable, même si les aficionados du ouaibe crient au génie, encore une fois, je suis pas d’accord…

 

 

 

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