Entretien avec David Vann pour « Un flétan sur la lune »

 

Entretien avec David Vann

Sur son prochain roman (à paraître en octobre 2018), « Un flétan sur la lune » et sur la nouvelle « Remous », à l’origine du dernier roman de Pete Fromm paru chez Gallmeister, « Mon désir le plus ardent » (avril 2018).

 

Pourquoi ce titre ?

Le flétan est-il une sorte de poisson symbolique ?

Le personnage principal de mon roman « Un flétan sur la lune » raconte à ses enfants l’histoire d’un flétan d’Alaska que la NASA a envoyé sur la Lune. L’astronaute parfait, indifférent au froid ou à la pression. Et lorsqu’il surgit à la surface de la Lune, il exécute un vol magnifique. De là le titre, brutalement symbolique, des dernières tentatives désespérées de mon père pour se sauver lui-même. Le roman se déroule durant les quelques jours de sa dernière visite à sa famille en Californie, avant de rentrer en Alaska mettre fin à ses jours. Il a été inspiré par l’idée que mon père a pu envisager de tuer d’abord ma belle-mère, et parce qu’au bout de trente-cinq ans, j’avais changé d’avis sur la culpabilité. En général, je pense que les gens ne devraient pas se sentir coupables après un suicide, mais au bout de trente-cinq ans, je comprends mieux comment nous lui avons tous fait défaut à la fin.

 

Ce roman est-il davantage des mémoires ou une fiction ?

Comment naviguez-vous entre les deux ?

J’ai utilisé les véritables noms de ma famille dans ce roman, et tous les personnages, lieux et évènements sont inspirés de notre histoire. Mais mon père n’est plus accessible. Je ne peux décrire son véritable lui dans ces pages, même si je le veux, et je ne peux retrouver non plus le reste d’entre nous, ni ce qui est arrivé, alors tout cela est de la fiction. Et je me suis senti libre d’inventer n’importe quelle scène, d’aller là où la fiction m’emmènerait. Je m’étais rendu compte que j’avais détesté le carcan de la non-fiction, d’avoir à demeurer fidèle aux personnages et aux évènements. Je veux que tout soit flexible, susceptible de transformations inattendues et qui ne vont pas forcément de soi.

 

Qu’avez-vous ressenti à la lecture de « Remous » ?

Y décelez-vous une sorte de tension comparable à celle que l’on trouve dans vos livres ?

 « Remous » développe une telle puissance en peu d’espace, une telle tension, une telle tristesse, mais aussi une telle énergie, une telle vitalité. Le sujet de Pete Fromm, c’est notre volonté de vivre, irrésistible, notre déni instinctif de la mort, et la manière dont nous nous accrochons les uns aux autres dans les meilleurs comme dans les pires moments. Son écriture est rapide et aiguisée, et drôle ; l’histoire m’a pris par surprise et m’a mis un coup. En quelques pages seulement, j’ai été embarqué avec les personnages, espérant l’impossible, conscient de toute la force de la terreur.

(Traduit de l’américain par Benjamin Guérif)

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