En douce – Marin Ledun

 

En douce – Marin Ledun

Ombres noires

 

Il faut pas forcément un tueur en série pour faire un roman noir. Pas forcément des flics, des cavales, du sang partout (c’est dégueulasse) et des colts 45 comme dans les westerns de Sergio Leone (J’ai essayé de le prendre comme ami, mais il est pas sur Facebook cet idiot). Parfois, c’est à côté de chez toi qu’il se passe des trucs.

Suffit d’un accident pour foutre ta vie en l’air, et tu deviens le pire des psychopathes, si tu peux encore bouger un peu plus que le petit doigt. Un accident, tu perds une jambe, parce qu’on te l’a coupée, et comme Émilie, tu décides que celui qui t’as fait ça mérite d’être enfermé, et de mourir à petit feu. C’est lié à quoi ? Tu le sais toi ? Qu’est-ce qui décide que tu dérapes ? Que tu deviens celle que tu n’as jamais pensée être. Celle qui est capable de tuer, sans état d’âme, ou qui s’imagine comme telle.

Émilie, donc, elle veut pas vraiment qu’on la plaigne, et pour être peinarde, elle s’est cassée. Elle était infirmière, sportive, toujours à fond, et ça s’arrête. Elle décide de s’occuper d’un chenil, et de vivre dans une espèce de caravane. Tu vois, la peinarditude ?

Voilà, j’ai assez raconté.

Ce roman est noir. Vraiment noir. Sans doute parce qu’il est humain. Sans doute aussi que l’humain, en terme de noirceur, il n’a rien inventé. Qu’il suffit d’un dérapage, d’un verre de trop, parfois d’un groupe auquel on n’appartient pas forcément, pour passer de l’autre côté de la barrière. T’as jamais eu peur de tomber ?

T’as jamais eu peur en regardant cette nana, assise dans un fauteuil, et qui peut plus se lever toute seule ? T’as jamais eu peur de te retrouver à sa place, par malchance, ou par accident ?

Bien sûr que dans la télé on te balance les images qui rigolent. Les handicapés qui font du sport et qui courent comme des gazelles survitaminées.

Bien sûr.

Mais dans la vraie vie, tu crois que c’est vraiment comme ça ?

Tu crois que les regards qu’on leur balance ne sont que des regards d’admiration ?

Tu sais très bien que non. Que parfois, pour descendre l’échelle, il suffit de rater un barreau, et tu te retrouves tout en bas du truc social dont ils causent, les politiques.

Alors l’histoire d’une vengeance.

Et puis l’histoire de cette lumière, qui petit à petit, va prendre la place de la nuit dans les yeux d’Émilie. C’est pas facile à raconter, une histoire comme ça. C’est pas facile de dire les mots qui vont te faire entendre la musique du cœur des personnages, tout en te causant de la violence que tu vas trouver parfois au boulot, de ceux qui souffrent quand ils vont bosser, des crédits qu’on t’a mis autour du cou, et qui t’empêchent de respirer parfois jusqu’à en mourir.

Je sais, t’en connais aussi qui sont morts de ça.

Qui se sont suicidés par qu’ils n’en pouvaient plus, de cette vie qu’on nous fait miroiter tous les matins, dans chacune des images qu’on nous donne à bouffer. De cette espèce de bonheur obligatoire dans lequel tu dois être riche, mince, et en bonne santé. Et puis ne pas être handicapé ou Sans Domicile Fixe, parce qu’handicapé ou Sans Domicile Fixe, ça craint. Ça fait peur.

Parce que le jour où t’arrête de consommer, tu meurs. Tu disparais et on te voit plus jamais, un peu comme les vampires dans les miroirs. Parce qu’oublies pas que le plus difficile à supporter, c’est quand tu as le sentiment que tu n’existes plus dans le regard des autres.

Une phrase qui tue, dans la bouche de Simon (Tu verras qui c’est quand tu liras le livre) :

« Je n’ai rien, je ne suis rien, je fais ce qu’on me dit de faire depuis si longtemps que je ne me souviens même plus quand ça a commencé. »

Voilà.

Marin Ledun, il t’explique tout ça avec un roman.

Alors peut-être que je me suis emballé, et sans doute parce qu’aujourd’hui,

c’est la veille du jour où certains vont décider de se marrer parce que c’est obligatoire…

Sans doute.

Si tu vas fouiner sur le ouaibe, tu vas trouver des résumés, des mecs et des nanas qui te racontent l’histoire.

Les lis pas. Pas la peine. Fais toi plaisir…

Le seul conseil que je peux te donner, c’est de rigoler dès que tu peux.

De sourire à tout le monde même si tu passes pour un débile, parce que finalement,

la trace que tu laisses avec ton sourire, c’est la seule qui compte.

Pour finir, c’est un roman réussi. Vraiment réussi.

Va le chercher.

 

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