Damien Eleonori

 

Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?

L’écriture est venue à moi par pur hasard et, lorsque mon premier roman a été finalisé et que j’ai pu tenir cet objet inconcevable entre mes mains, la sensation fut très étrange. J’étais fier d’avoir été au bout de ce défi et pourtant, j’étais encore empli de doutes. Je n’avais à l’époque aucune connaissance des rouages du milieu de l’édition. Naïvement, j’ai donc envoyé mes manuscrits à plusieurs maisons d’édition, en espérant des réponses, même négatives. Les refus, par de simples lettres-type, ont été difficiles à encaisser je l’avoue mais tout cela a été extrêmement formateur. Cela m’a permis de me remettre en question, de revoir ma copie, d’apprendre.

Aujourd’hui, je suis persuadé qu’un premier manuscrit envoyé par courrier, noyé parmi les centaines reçus quotidiennement, n’a que très peu de chances d’être édité.  Pour sortir son épingle du jeu, un auteur doit faire ses preuves et surtout travailler, régulièrement et sur la durée.

 

Écrire… Quelles sont vos exigences vis à vis de votre écriture ?

Surprendre, toujours. Surprendre les lecteurs qui me découvrent comme ceux qui m’ont déjà lu. Au-delà de cela, le plus important est de susciter des émotions. De parvenir à emmener le lecteur dans notre univers, le faire voyager. Lorsque j’écris, j’essaye de faire en sorte que mes textes suivent le rythme que je souhaite, comme de la musique. J’avoue être très exigeant : je me relis plusieurs fois, je fais appel à des bêta-lectrices tout au long de l’écriture, entre autres. Mais je reste un éternel insatisfait, à mon grand dam.

 

Écrire… Avec ou sans péridurale ?

Sans péridurale, un accouchement dans la douleur. Lorsque l’on met au monde un roman, la souffrance est également présente. Des mots difficiles à coucher sur papier, des pages qui nous font mal, une critique qui nous heurte. Je crois que c’est ce qui permet à un texte d’être sincère, abouti et de toucher les lecteurs. Quand l’auteur s’est donné corps et âme et a livré une partie de lui-même. Sans anesthésiant, pour ressentir chaque sensation.

 

Écrire… Des rituels, des petites manies ?

L’écriture, je le crois, est quelque chose de très solitaire. Pour ma part, j’ai besoin de me créer une bulle dans laquelle je m’isole. La plupart du temps, je me sers de musique : écouteurs sur les oreilles, son assez fort pour ne pas entendre les bruits extérieurs. Une playlist où se côtoient Imagine Dragons, Yann Thiersen ou même du classique et des covers version piano. L’essentiel est que cette musique me permette de m’évader.

 

Écrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est ce qui vous plaît dans chacune d’elles ?

Deux processus d’écriture radicalement opposés mais tout aussi plaisant. Pour un roman, on peut prendre son temps. Poser l’intrigue, développer les psychologies, mettre en place chaque élément comme un puzzle. Il est grisant de voir son roman évoluer, au gré des idées, et prendre une toute autre tournure au fil des mois. Une nouvelle au contraire, doit, dès les premières phrases, accrocher le lecteur et aller à l’essentiel. Avec suffisamment de profondeur et une fin à la hauteur, le tout en une dizaine de pages. Un défi tout aussi attractif pour un auteur.

 

Votre premier lecteur ?

Mon épouse. Ma première critique également, celle que je cherche avant tout à convaincre. Chaque texte doit passer par son jugement intransigeant et pertinent, avant de pouvoir être lu par d’autres. Quand on sait qu’elle n’est pas une fervente lectrice, le challenge n’en est que plus grand.

 

Lire… Peut-on écrire sans lire ?

L’imagination a besoin d’être nourrie constamment d’histoires. Films, séries, romans, nouvelles, jeux vidéo, etc…Peu importe le support, tout récit permet d’alimenter notre imagination en carburant. La susciter, l’entretenir, cultiver cette envie constante de se laisser porter ailleurs par des mots. Lire n’est pas forcément essentiel pour écrire. S’abreuver d’histoires, oui.

 

 

Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?

Je cite très souvent Maxime Chattam et Jean-Christophe Grangé. Pour leur audace, leur style accrocheur et accessible, pour cette imagination sans limites et surtout sans barrières. Ces auteurs-là, en plus de leur talent indéniable, ont souvent des mots très justes sur le travail d’auteur. Stephen King, Dan Brown ou encore Guillaume Musso, Franck Thilliez font également partie des auteurs que j’admire énormément.

 

 

Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?

Je crois que les personnes créatives, celles qui façonnent quelque chose, sont invariablement sujets aux montagnes russes émotionnelles. A plusieurs reprises, l’envie d’écrire s’est affaiblie, jusqu’à parfois presque s’évanouir. Par manque de confiance, à cause de trop nombreux doutes. J’ai la chance d’être entouré de personnes qui croient en moi plus que je n’y crois moi-même. Ma femme la première mais également un cercle d’auteurs qui savent me rassurer et me rebooster. Heureusement pour moi, l’inspiration, elle, ne m’a jamais quitté.

 

 

Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym’us ?

J’ai suivi le trophée l’année dernière, avec beaucoup d’intérêt. Le Trophée Anonym’us permet aux auteurs d’être jugé sur leurs textes, à l’aveugle, sans distinction, et de se confronter à de grands noms. Autrement dit, c’est à nous de faire nos preuves, de montrer ce dont on est capables. Un véritable défi que tout auteur voudrait pouvoir relever. Chacun a sa chance, je le crois. Et il faut avouer que l’exercice est très excitant.

 

Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes?

Le fait que ce genre soit ancré dans notre réalité renforce son pouvoir sur les lecteurs. On visualise les lieux et les scènes, on s’identifie aux personnages, on imagine ce qu’ils peuvent ressentir, émotionnellement et physiquement. Les lecteurs ont envie d’émotions fortes, d’être bousculés, choqués, émus. Le polar/thriller a toujours été le genre idéal pour cela. Je crois plutôt que les polars nous permettent d’ouvrir les yeux sur la violence de notre monde et, en quelque sorte, d’exorciser nos peurs.

 

Vos projets, votre actualité littéraire ?

Depuis presque un an, je travaille sur un projet de recueil de nouvelles regroupant des auteurs aux parcours tous différents. Ce recueil, intitulé Phobia, verra le jour en mars 2018. Parallèlement, je travaille sur mon second roman, la suite directe de Psyché.

 

 

Le (s) mot(s) de la fin ?

Le meilleur est à venir.

 

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