Compagnie K – William March

Compagnie K – William March

Éditions Gallmeister

Je lis pas trop de bouquins genre historiques, biographiques, et tous ces trucs en « iques ». Pas parce que ça m’enquiquine, mais parce que je m’en désintéresse assez vite et que ces livres me tombent des mains. Un livre, quant à moi, faut qu’il me raconte une histoire, pas l’Histoire. C’est nul, je sais, mais c’est comme ça. C’est ma chronique et je dis ce que je veux.

Pourquoi donc j’ai décidé d’acheter ce livre-ci ?

J’en sais rien. La couverture, la couleur, la silhouette du mec avec son barda, l’étoile qui m’a rappelé celle qu’un de mes potes avait sur sa jeep Willys… Que des raisons complètement inconscientes, sans doute. Je sais, je vais aller consulter.

Toujours est-il que je l’ai commencé, et lu en quelques heures.

De quoi ça parle ?

De l’enfer. De l’enfer et de ceux qui en ont ouvert les portes, et qui y sont entrés. De ceux qui ont vécu dans la boue des tranchées, au milieu de la vermine et des rats qui viennent bouffer les morceaux de tes potes qui sont tombés juste à côté de toi, de ces morts pour rien…

La compagnie K, c’est une compagnie de marines, envoyé en France pour se battre contre les allemands en 1917, et ce roman, c’est leur histoire, ou plutôt, leurs histoires, à 113 d’entre eux. 113 chapitres qui sont chacun la voix d’un de ces mômes balancés dans une guerre qu’ils ne comprenaient pas. Chacun d’entre eux qui te raconte une histoire de vie, ou une histoire de mort, liée à ces tranchées où ils ont côtoyé la terreur et le désespoir.

Ce livre te dit les souffrances et la folie, te rappelle Kafka et son « Procès », face à ces ordres souvent absurdes donnés par des officiers incompétents. Il te parle de ces hommes, considérés comme du bétail et envoyé à l’abattoir. Il te parle de ceux que tu as peut-être connus, ceux qui n’osaient pas raconter, de peur de se souvenir, et d’entrer à nouveau dans leurs cauchemars.

William March te raconte la boue, et le sang, et la peur.

Son vrai nom, c’est William Campbell. Il a reçu la Croix de guerre, la Distinguished Service Cross, la Navy Cross, et il les a rangées dans une boite, pour ne plus jamais les ressortir, parce qu’à chaque fois qu’il les ressortirait, il était sûr que les fantômes de ses amis ressortiraient aussi de la boite.

Alors c’est un livre contre la guerre, contre toutes les guerres, celles qui n’auraient jamais lieu « Si les hommes de rang de chaque armée pouvaient simplement se retrouver au bord d’un fleuve pour discuter calmement ».

Un livre sur l’homme qui devient un animal traqué, terrorisé par ce qu’il voit et par ce qu’il entend, par ce qu’il fait, par les fantômes de ces hommes qu’il a vu mourir, ou qu’il a parfois tués de ses propres mains, comme au milieu d’un cauchemar qui ne prend jamais fin, quand la nuit devient plus longue que les jours de bonheur.

Un livre qui est un cri, celui de ces milliers d’hommes, victimes de la boucherie organisée par d’autres hommes, derrière des bureaux, sans états d’âme et sans remord, qu’ils soient français, allemands, anglais, russes ou d’ailleurs, comme le dit William March.

Difficile de t’en dire plus. De te raconter ce qui n’est pas racontable, de t’expliquer à quel point ce livre m’a bouleversé, malgré cette langue qui n’est sans doute pas la plus belle que j’ai pu croiser au cours de mes lectures, malgré cet aspect presque disparate de ces chapitres qui sont autant de voix différentes dans le chœur des hurlements de ceux qui étaient là-bas, mais qui finalement s’assemblent pour n’en former qu’une seule.

Difficile aussi de te montrer ces instants de bonheur, comme autant de souvenirs d’avant la guerre, de te faire partager ces mots qui deviennent de la poésie à travers leur simplicité.

Une conclusion, différente de celles que je te donne d’habitude :

« J’aimerais qu’ils puissent savoir que j’ai honte pour l’humanité entière. »

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