Clare Mackintosh – Entretien

 

On va se tutoyer, Clare, si tu es d’accord. Pas pour que je fasse le malin auprès de mes potes, mais parce que finalement, on se connaît un peu, à travers ce que tu m’as donné à lire…

Les questions, ce sont celles que j’aurais aimé poser à Bukowski quand il réfléchissait sur l’acte d’écrire. La dernière, c’est celle qu’il aurait sûrement voulu te poser.

1 – « Quand tu écris juste dans l’optique d’être célèbre tu finis par faire de la merde. Je veux pas établir de règles mais s’il y en a une c’est celle-ci : les seuls écrivains qui ont du style sont ceux qui doivent écrire pour ne pas devenir fous. »

Ça te parle ? Tu as failli devenir folle ?

Je pense que tous les auteurs sont légèrement fous. Certainement c’est ce que les non-auteurs semblent penser de nos habitudes particulières, de notre chronométrage, de notre capacité à surveiller les gens pendant des heures … je suis absolument d’accord sur le fait que les meilleurs auteurs sont ceux qui ne peuvent pas ne pas écrire. La plupart des auteurs que je connais écriraient même s’ils n’ont jamais obtenu un autre contrat; même s’ils n’ont jamais vendu un autre livre. L’écriture est une contrainte. Une maladie. C’est incurable.

 

2 – « Ça fait des années que la poésie me gonfle, depuis des siècles, mais j’ai continué à en écrire parce que les autres s’y prenaient tellement mal. »

Et toi, la poésie, ça t’arrive d’en écrire, d’en lire ?

Je laisse la poésie aux poètes. J’aime la lire, mais je préfère lire des romans. Un roman peut être de la poésie à sa manière et il n’y a rien de plus beau que de la prose bien ouvrée.

 

3 – « Je ne sais pas d’où vous tenez votre talent mais les dieux vous en ont assurément bien doté. »

Tu crois à ça ? Aux fées penchées sur ton berceau quand t’étais petite ? Ou c’est juste du boulot ?

Je répliquerai avec une citation différente: ‘ le génie c’est 1 % de talent et 99 % de travail acharné (Albert Einstein).

 

4 – « Il n’y a aucune excuse pour une création mutilée par les directives de l’académisme, de la mode, ou le livre de messe valétudinaire qui dit : la forme, la forme, la forme !! Autant foutre les mots en cage. Autorisons-nous l’espace et l’erreur, l’hystérie et la peine. »

Qu’est-ce que tu en penses de l’académisme ? Des auteurs qui finissent par écrire le même livre à chaque fois ? Mettre les mots dans une cage ?

C’est une bonne question. Si vous écrivez des romans littéraires, passez à l’horreur, puis publiez donc un romance, puis de la fiction historique, il est dur de construire un lectorat. Quelques lecteurs aiment changer de genres, mais beaucoup – peut-être la plupart – ont une préférence pour un style particulier de roman. Cela dit, les romans conventionnels sont mornes à l’extrême. Il est possible d’écrire des livres qui sont semblables dans le style, cependant différents à chaque fois, comme c’est possible pour un restaurant de proposer un menu qui est systématiquement brillant, mais avec des plats complètement différents. Il s’agit d’utiliser les mêmes ingrédients, pour des recettes différentes.

5 – « Je ne crois pas aux histoires de techniques, d’écoles ou de divas… Je crois plus au fait de s’accrocher aux rideaux comme un moine ivre… pour les réduire en morceaux encore, encore, encore… »

Les rideaux, tu les déchires aussi ? Jusqu’à les réduire en morceaux ? Tu travailles tes textes jusqu’à les jeter parfois, au bout du bout ?

De bons auteurs jettent plus qu’ils ne produisent; comme un sculpteur ciselant un beau mec en pierre. Parfois je sais pendant que j’écris, que cette scène va être coupée, mais je continue à l’écrire, parce que je dois arriver au paragraphe suivant.

 

6 – « C’est du côté des incultes que je me range, les incapables, les gens si avides de jeter leurs pensées sur papier qu’ils n’ont pas eu la patience d’attendre des années pour acquérir une base solide »

Ta base à toi, elle est solide ? Tu crois à ces nouvelles modes d’espace de « création littéraire » ? Ces endroits où on apprend à des gens à faire des livres ?

Je ne crois pas que quelqu’un sans aucun talent du tout peut apprendre à écrire un bon livre, mais je crois vraiment que le talent peut être élevé et aiguisé. La base la plus importante pour un auteur doit être de lire de façon vorace, à travers tous les genres.

 

7 – « Ma question est la suivante : est-ce qu’un auteur à partir du moment où il est publié devient une propriété publique susceptible d’être fouillée sans préavis ou bien détient-il encore quelques droits à une vie privée en tant que citoyen qui paye ses impôts ? Serait-ce vulgaire de dire que le seul avantage à être artiste reste (encore) la possibilité de prendre ses distances vis-à-vis d’une société sur le déclin, ou s’agit-il simplement d’un concept tombé en désuétude ? »

Alors ? Ton avis ? T’en penses quoi ?

Personne ne devrait jamais devenir  » une propriété publique « , qu’ils soient auteurs, étoiles de télévision, politiciens ou tout autre personne professionnelle. Tout le monde a le droit à une vie privée.

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