492- Klester Cavalcanti

492 – Klester Cavalcanti

Métailié

 

« Voici ce que l’on fait de mieux en termes de littérature de non-fiction. Cavalcanti nous met dans la tête d’un personnage que nous devrions considérer comme un monstre : un tueur à gages. Jusqu’au moment où nous nous surprenons à espérer qu’il échappe à ses poursuivants. »

C’est ce qui est écrit sur la quatrième de couverture. Je les lis pas.

Je devrais dire « Je les lisais pas ». Parce qu’à partir d’aujourd’hui, je vais les lire.

Le sous-titre, c’est « Confessions d’un tueur à gages ».

Voilà.

Ils appellent ça de la littérature de non-fiction. C’ta dire que c’est de la littérature qui te raconte une histoire de pour de vrai. Genre biographie historico-truc, qui décide d’entrer dans la littérature par la porte des romans. Une porte juste entrouverte, on va pas se mentir.

C’est chouette. Enfin, ça aurait pu être chouette.

Je veux dire que c’est chouette quand tu aimes lire des trucs comme ça.

Klester Cavalcanti te raconte donc les aventures de Júlio Santana. Tueur à gages, le mec. Il a bossé pendant trente ans comme dézingueur pour des clients aussi variés qu’il y a de couches sédimentaires au milieu de l’Amazone. Parce que ça se passe au Brésil. Pas le Brésil des maillots de bain et des gonzesses qui dansent sur la plage. Un autre Brésil.

492 contrats.

T’as bien lu.

492.

Ça veut dire que ce mec qui a tué 492 personnes, des hommes, des femmes, des enfants, Cavalcanti va te raconter son histoire. Attention, ce n’est pas un tueur en série. C’est son boulot. Pas pareil. Un peu comme les mecs qui dézinguent à coup de dollars la population en Afrique ou ailleurs. C’est leur boulot.

Le journaliste, donc, décide de te livrer cette biographie comme un roman. Why not, disait Shakespeare avant de se reprendre une tasse de thé.

Júlio commence jeune. C’est son oncle qui lui demande de réaliser son premier meurtre. Ben ouais, tu veux appeler ça comment ? Il s’agit de tuer, froidement, un type en lui collant une balle dans la tête.

Au début du bouquin, que j’ai du mal à appeler roman, je me suis dit que j’allais me fader 492 assassinats, et j’avoue que j’ai eu un peu les chocottes. Les chocottes dans le sens où je me voyais bien reposer le livre, et jeter mon billet de 20 balles directement à la poubelle. J’aime pas trop jeter l’argent à la poubelle.

Finalement, tu vas échapper à ça. C’est pas dommage. Tu vas en revanche plus ou moins comprendre comment le tueur à gages se transforme petit à petit en machine à tuer, sans aucune émotion, et surtout, sans avoir le choix. Une route qu’il a empruntée, et qu’il est obligé de suivre, parce qu’il n’y a pas de sortie, comme sur ces autoroutes où tu roules parfois pendant des kilomètres sans pouvoir les quitter.

On va te raconter aussi, un peu, l’histoire du Brésil. La « grande » histoire. Des noms de types dont je n’ai jamais entendu parler, parce que finalement, l’histoire du Brésil ne fait pas partie de mes priorités et que je n’y ai jamais été attentif.

Je sais, c’est une erreur.

La société brésilienne, les communistes, genre José Genoino Neto, devenu président du Parti des Travailleurs, et autres Dilma Rousseff, des noms que je vais m’empresser d’oublier, parce qu’ils ne font pas partie de mon histoire à moi. En aucun cas je ne diminue leur aura, l’histoire qu’ils ont fabriquée, où ce qu’ils ont été, évidemment non. Ils ont, chacun à leur manière, transformé la société brésilienne, et sans eux, sans doute que le Brésil d’aujourd’hui serait différent.

En revanche, je me suis imaginé dans cette société racontée par Cavalcanti, et j’ai pensé à mon voisin, qui me casse parfois les c…es avec son home cinéma. Si seulement. Un billet de 200 € et j’en aurais été débarrassé. Tu vois l’idée ? Toi aussi, t’as un voisin pénible ? Ou quelqu’un à qui tu filerais bien un coup de fourchette entre les deux yeux ?

C’est aussi ce que raconte ce bouquin. La facilité presque déconcertante avec laquelle le mari trompé fait descendre sa femme, comment le gros propriétaire se débarrasse des paysans qui occupent ses terres, et tout ça sans aucune inquiétude. La justice, la loi, n’interviennent pas, et finalement, tu as presque le sentiment d’être le témoin de ce qui se passe dans une société de non-droit.

Pas sûr que ce soit aussi joyeux que ça.

Le style de l’auteur, journaliste donc, ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. La façon dont sont racontées les émotions du tueur à gages non plus. Je ne me suis jamais réellement senti impliqué dans cette histoire. Tout sonne faux, notamment la manière avec laquelle le tueur s’affranchit de toute responsabilité, comme une excuse liée à l’enfance, à « c’est pas vraiment de ma faute » …

Ouais.

Attention. Le travail de journaliste de Cavalcanti est juste sidérant. Mais c’est du travail de journaliste. De là à en faire un bouquin, je sais pas… Je m’interroge.

Sans doute aussi que ce roman, même si j’ai du mal à l’appeler comme ça, te raconte l’histoire d’un monstre. D’un vrai. Un monstre qui s’affranchit des meurtres qu’il a commis, en t’expliquant qu’au final, il n’est responsable de rien. Qu’il est le gentil, malgré ce que tu pourrais croire.

Sans déconner.

Parce que « pistolero », c’est qu’un boulot. Un métier… Qui te permet de t’offrir un bateau, une bagnole et un frigo. Ouais, t’as bien lu. Un frigo pour garder le Coca au frais.

Alors si tu aimes les documentaires, les récits autobiographiques, ce bouquin va te plaire.

Si tu aimes les témoignages, les histoires dans l’Histoire, ça va te plaire aussi.

Madame Métailié, l’éditrice, a dit : « J’ai été sidérée, par le personnage et surtout la façon de raconter, la qualité littéraire du texte et ce que ce texte révèle sur la société brésilienne (les commanditaires) et les débuts du tueur à gages payé par l’armée pour participer à la répression de la guérilla de l’Araguaia ».

Bon. C’est juste le terme de « qualité littéraire » qui m’interpelle.

Mais je suis pas éditeur. Sans doute pour ça.

Si tu préfères les romans avec un vrai style, tu sais, ceux qui t’emmènent marcher dans la neige, sûr que tu vas regretter tes vingt balles.

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