Chanson douce – Leïla Slimani

Chanson douce – Leïla Slimani

Gallimard – Collection Blanche

Bon. Je sens que je vais encore me faire des copains.

J’ai acheté ce roman début septembre. Il m’attendait sur une étagère. Puis je l’ai passé à quelqu’un qui a oublié de me le rendre. Et puis je l’ai pas demandé. Ça m’énerve de demander des trucs qui me semblent relever de la courtoisie la plus élémentaire.

Tout ça pour dire que je l’ai racheté. Prix Goncourt, faut pas déconner, pour une fois que j’achète un bouquin qui a un prix officiel de Paris…

Et donc, je l’ai lu. Forcément.

Deux jours.

Je te fais grâce du résumé. Tu le connais comme 100 % des gens qui ont jeté un œil sur les infos livresques du mois.

Comment dire… déçu.

Alors pas déçu de la langue, très belle.

Pas déçu de l’histoire, intéressante.

Juste déçu qu’il manque des pages. Elle m’a pas emmené aussi loin que je l’espérais. Elle m’a pas déposé sur les rives d’un pays magnifique que cette histoire aurait mérité.

Je fais de la poésie aujourd’hui, parce qu’il faut que je sois gentil avec les Goncourt. C’est des gens qui lisent vachement, et qui sont ceux qui fabriquent les écriveurs qui se vendent. Alors tu penses bien que mon avis, ils en ont rien à péter. Je comprends.

Mais quand même.

Le point de départ, c’est juste une tuerie (je fais de l’humour aussi) et comme tu sais déjà la fin pendant les 239 pages qui te reste à lire, y a intérêt à ce que l’auteure te propose des trucs à bouffer, sinon, tu risques de te faire chier grave.

Ben y a à boire, et y a à manger.

La nourrice est idéale, mais tu sauras jamais pourquoi elle est devenue comme ça. Juste des touches qui te laissent imaginer que la tueuse sommeille en chacune de celles qui vont garder tes gamins.

Le jeune couple. Le jeune couple… classique, comme ceux que tu connais sûrement et qui ont croisé ta route un jour. La vie qui déborde et qui t’empêche d’exister. Parce qu’il faut avoir avant d’être. Les choses de Pérec, tout ça.

La place prise par ces femmes qui entrent chez toi et qui deviennent indispensables avant que d’être, transparentes, qui laissent passer la lumière, et qui finissent par n’être que des meubles achetés chez le suédois. Celles qui prennent petit à petit la place que tu ne pensais pas leur donner. Celles qui changent ta vision de l’esclavage, du pouvoir. Ces trucs que tu pensais réservés aux riches.

La différence entre ces classes sociales. Ceux qui ont peu, mais qui sont sûrs d’exister, et ceux qui n’ont rien, et qui vivent à travers les autres. Et puis surtout, ce besoin irrépressible de ne pas vouloir rencontrer l’autre, de ne pas vouloir comprendre qui il est. Pas besoin. Il n’est qu’un morceau de rien. Ce rien devant qui, parfois, tu affiches ton bonheur. Sans te soucier des blessures, souvent cachées, et juste sous tes yeux, mais des blessures que tu te refuses de voir.

Tu tournes les pages. Tu attends tellement plus que ce qu’elle te donne à lire. Tellement plus de profondeur. Plus de matière.

Et tu n’as que des questions.

Quelques réponses, bien sûr, quelques pistes sur le devenir du roman parfait, celui qu’il aurait pu être.

Elle écrit bien, Leila Slimani. Vraiment bien. Une langue plus que parfaite. Claire, incisive, affûtée. Elle te donne envie de mieux connaître Louise, mais voilà.

Louise, tu la connaîtras jamais.

Peut-être que c’est volontaire, après tout. Peut-être qu’elle n’a souhaité que poser des questions, et si c’est ça, c’est réussi.

Tu vas plonger dans le quotidien de Myriam et de son mari. Tu vas essayer de leur dire de faire gaffe, parce que toi, tu sais. Tu vas effleurer cette relation parfois ambiguë avec leur nounou. Mais juste effleurer.

Peut-être ce que je regrette le plus. Effleurer, c’est bien, ça donne envie. Mais il y a un moment où tu as envie aussi d’autre chose.

Tu sauras pas si Louise est folle, ou si elle a juste vrillé, pendant cinq minutes. Tu sauras pas vraiment pourquoi elle est arrivée au bout de cette relation, et pourquoi elle a choisi de tuer les enfants.

Alors, comme ça m’est arrivé parfois, je pense qu’il manque des pages. Plein de pages. Elle a pas assez raclé le pus qui suppure des plaies qui restent ouvertes. Elle n’est pas allée assez loin pour fouiller dans l’âme de ses héros. Parce que l’âme, dans un roman, c’est ce qui le construit.

Des stéréotypes, aussi.

Les bobos. Les couples qui s’espèrent bourgeois, et qui finissent par devenir des propriétaires d’êtres humains. Les pôvres. Ceux qui n’ont rien d’autre à regarder qu’un frigo vide. Ceux qui ne gaspillent pas la nourriture. Ceux qui ont tellement peu que ce qu’ils ont devient presque miraculeux. Les Sans-Papiers, qui doivent se marier pour rester en France…

Je te le redis. Elle écrit foutrement bien.

Mais cette histoire aurait mérité foutrement mieux.

Le Goncourt.

Ouep…

Je vais lire Clare Mackintosh…

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